Prévention des inondations: «Il faut intervenir plus près de l’agglomération parisienne»

INTERVIEW Frédéric Molossi, président de l’établissement public territorial de bassin (EPTB) Seine-Grands Lacs participe jeudi et vendredi à un colloque sur la prévention des inondations…

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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La Seine, lors de la crue de juin 2016, à Paris.
La Seine, lors de la crue de juin 2016, à Paris. — LICHTFELD EREZ/SIPA

Le zouave du pont de l’Alma s’en souviendra : début juin, la Seine est montée jusqu’à six mètres en plein Paris, obligeant certaines lignes de transports en commun à fermer leurs portes. Cette crue oblige les pouvoirs publics à se reposer la question de la prévention des inondations : qu’est-ce qui n’a pas marché en juin ? Que faudrait-il améliorer ? Ce sera le sujet d’un colloque qui s’ouvre ce jeudi à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Frédéric Molossi, président de l’établissement public territorial de bassin (EPTB) Seine-Grands Lacs, nous explique pourquoi il défendra la cause des lacs et des retenues en amont de la région parisienne.

Quelles leçons peut-on tirer des inondations du mois de juin ?

L’épisode de juin est assez particulier si on le compare aux crues printanières de 2013, qui avaient impacté notamment la région de St-Dizier (Haute-Marne) et surtout celle de Troyes (Aube). Il est arrivé plus tardivement dans l’année et la principale cause de ces inondations se trouve sur les affluents franciliens de la Seine alors que dans les schémas classiques, la cause des crues est plus en amont. Sur cette partie plus proche de la région parisienne, les quatre lacs réservoirs qui se situent très en amont ont une influence plus limitée. On estime que leur intervention a permis de faire baisser de l’ordre de 5cm l’épisode de crue. Pour nous, cela confirme qu’il faut avoir une intervention plus proche de l’agglomération parisienne et cela remet en exergue le projet de la Bassée, en Seine-et-Marne, qui consiste à pomper de l’eau en cas de crue de l’Yonne et de la Seine. Selon nos modèles, cela aurait permis une baisse supplémentaire de l’ordre de 20cm lors du dernier épisode de crues.

Y a-t-il eu des défaillances dans les systèmes d’alerte ou de régulation des crues ?

C’est en partie un problème d’infrastructures mais, plus globalement, il y a une réflexion à mener sur les zones d’expansion naturelles des affluents et sur les pratiques agricoles. L’imperméabilisation des sols qui se joue dans la zone urbaine de Paris contribue incontestablement à l’aggravation de ce type de phénomènes, mais il faut bien comprendre que les enjeux ne se situent pas uniquement du côté de l’agglomération parisienne. Si on veut lutter efficacement contre les crues ou les sécheresses qui ne manqueront pas de se présenter, il faut que le raisonnement et l’intervention ne portent pas que sur des zones particulières, il faut une approche par bassins versants, de la source du fleuve jusqu’à l’agglomération parisienne.

Vous défendez donc la création de lacs ou de réservoirs ?

Les lacs ont une double mission : écrêter les crues et en limiter l’impact, mais aussi soutenir l’étiage. Par exemple, l’été dernier qui a connu une période de sécheresse relativement importante, près de 70 % du niveau de la Seine à Paris était lié aux relâchements des lacs réservoirs. Si ça n’avait pas eu lieu, on aurait eu des problèmes pour la production d’eau potable, l’irrigation dans le monde agricole ou le refroidissement de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube). Le projet de la Bassée, qui consiste en la création d’une dizaine de casiers sur 2.500 hectares, vise à pomper de l’eau au moment de l’arrivée d’une crue sur la Seine et sur l’Yonne, le principal affluent de la Seine. Mais cela n’a de sens que s’il y a d’autres mesures prises sur l’imperméabilisation des sols et l’entretien des cours d’eaux cohérents sur l’ensemble des bassins versants.