Environnement: La moindre bande de terre de notre planète a subi l'impact de l'homme

SCIENCES Selon des scientifiques, alors que l'homme avait déjà colonisé la plupart de la planète il y a 500.000 ans, «les paysages immaculés n’existent plus depuis des millénaires»...

20 Minutes avec agence

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Des scientifiques en Antarctique.
Des scientifiques en Antarctique. — Natacha Pisarenko/AP/SIPA

Ne cherchez pas, de l’Amazonie à l’Antarctique en passant par le Pole nord ou les îles perdues de l’Océanie : il n’existerait plus aucun endroit sur terre témoignant d’une « nature immaculée ».

« Les humains modifient leur environnement depuis des milliers d’années. Ils ont littéralement tout impacté, des mammouths aux microbes », suggèrent, en effet, les équipes dirigées par l’anthropologue Jon Erlandson dans une étude publiée ce lundi.

L’homme a commencé à détériorer son environnement il y a plus de 12.000 ans

Dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), les spécialistes expliquent pourtant qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Selon eux, l’homme a cependant sérieusement commencé à détériorer son environnement à partir de la période de la Pléistocène, soit il y a plus de 12.000 ans.

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L’Antarctique a subi la pollution atmosphérique bien avant 1911

Au terme d’une « méta-étude », croisant les données de plusieurs disciplines (archéologie, biologie, anthropologie ou encore paléontologie), les chercheurs ont observé effectivement que « la plupart des paysages avaient été façonnés par des épisodes répétés d’activités humaines, pendant des millénaires », indique Nicole Boivin, archéologue qui a participé aux travaux. Bilan : « Les paysages immaculés n’existent simplement pas et, dans la plupart des cas, n’existent plus depuis des millénaires. »

Des exemples ? La forêt amazonienne n’a pas seulement souffert de la récente période de déforestation. Elle était empreinte de la présence des indigènes en son sein bien avant l’arrivée des Européens, de sorte qu’aucune parcelle n’a été épargnée par la marque de l’Homme. De son côté, l’Antarctique a subi la pollution atmosphérique [transportée par l’air] bien avant l’arrivée des premiers hommes en 1911.

Introduction des animaux, disparition des espèces

Selon les chercheurs, il y a 500.000 ans, les hommes avaient déjà colonisé la plupart du globe et commencé à en altérer de vastes zones. Pour preuve, il y a près de 23.000 ans, la première espèce animale était introduite dans une région où elle ne vivait pas, alors qu’entre 50.000 et 10.000 ans, certaines espèces en Australie disparaissaient de la surface terrestre.

Reste que la chute de la « nature immaculée » s’est accélérée avec l’apparition de l’agriculture il y a 12.000 ans [les cultures de riz auraient ainsi commencé à changer la composition de l’atmosphère il y a déjà plus de 4 000 ans], puis avec la première révolution industrielle.

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L’impossible retour à la terre originelle

Melinda Zeder, anthropologue et coauteure de l’étude repérée par le site Mashable, résume : « Ce que l’humain altère aujourd’hui n’est pas un tournant radical, son impact n’est pas soudain, mais fait partie d’une progression constante vers des niveaux qui sont aujourd’hui absurdes. »

Que nous reste-t-il à faire ? Les chercheurs nous suggèrent de préférer un modèle de conservation qui « oriente et transforme de manière positive les changements déjà en place » plutôt que le retour à l’utopique terre originelle, qui est aujourd’hui impossible.