«Il ne faut pas attendre les résultats scientifiques pour agir contre la pollution des océans»

INTERVIEW Patrick Deixonne, l’explorateur et chef de la mission « 7e continent », veut rester optimiste pour l’avenir des mers du globe…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Patrick Deixonne, initiateur d'une expédition scientifique française vers le "continent de plastique" dans l'Atlantique Nord , photographié le 13 avril 2012 à Cayenne
Patrick Deixonne, initiateur d'une expédition scientifique française vers le "continent de plastique" dans l'Atlantique Nord , photographié le 13 avril 2012 à Cayenne — Jody Amiet AFP

Blanchiment des coraux, acidification des eaux, formation de continents de déchets, surexploitation des stocks de poissons et destruction des fonds par les chalutiers… Les océans du globe pâtissent de tous les excès et les erreurs écologiques possibles. Maltraités par l’homme, ils sont pourtant la condition de sa survie : sans eux, pas d’oxygène, pas de captation du CO2 qui freine le réchauffement climatique, pas de ressources alimentaires pour 4,3 milliards de personnes. Ce mercredi, à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan, Patrick Deixonne, explorateur et chef de la mission « 7e continent » viendra malgré tout prêcher l’optimisme à l’Institut océanographique de Paris.

Votre expédition travaille sur les pollutions plastiques, dont on parle beaucoup. N’est-ce pas oublier que l’océan est aussi victime d’autres types de pollutions, chimiques notamment avec les dégazages sauvages ?

Je considère que la pollution plastique est une priorité. Nous avons très peu d’études scientifiques sur le sujet, on ne connaît pas leur impact réel sur la faune, la flore voire la santé publique. Elle a été découverte récemment, il y a moins de 15 ans, et notre consommation de plastique est exponentielle, donc pour moi la pollution des océans par le plastique est primordiale, et ce n’est pas faire l’impasse sur d’autres pollutions.

Les responsabilités dans la pollution plastique sont difficiles à établir : industriels, producteurs, consommateurs, manque de recyclage… Est-ce que cela ne rend pas le problème insoluble ?

Nous sommes une génération qui consommait à outrance du plastique sans se préoccuper de son devenir mais aujourd’hui, la prise de conscience se réalise. Il y a tout un travail à faire auprès des industriels, des politiques et des citoyens pour limiter cette pollution-là mais il faut garder un regard optimiste et se dire qu’on commence à trier, à recycler… Les pessimistes diront que ce n’est pas assez mais je préfère penser qu’on est au début d’une révolution environnementale qui va progresser aussi vite que la révolution industrielle car le déchet devient un minerai et a un intérêt économique.

Les nombreux scientifiques qui travaillent avec vous n’arrivent-ils pas trop tard pour aider à régler le problème ? Dans les questions environnementales, les études scientifiques ne prennent-elles pas trop de temps pour permettre une action corrective rapide ?

Rien n’arrive trop tard et les scientifiques ont toute leur place dans ce combat. Il faut comprendre son impact sur la nature et l’homme pour essayer de mieux combattre cette pollution, mais il ne faut pas attendre les résultats des scientifiques pour agir, on peut mener les deux de front.

De nombreuses industries s’intéressent de plus en plus aux océans. N’est-ce pas un peu inquiétant que cet intérêt soit motivé par des perspectives d’exploitation économique ?

Je crois qu’on peut exploiter l’océan avec des technologies qui sont maintenant assez avancées pour ne pas causer de dégâts. De plus, on sait qu’un industriel qui nuirait à l’océan serait aujourd’hui montré du doigt et boycotté, l’environnement et l’économie sont très liés et les citoyens sont informés.

A quoi sert cette Journée de l’océan ? Et quel vœu feriez-vous pour cette journée ?

Cette journée fait comprendre au grand public que l’océan est fragile et non pas illimité et insondable. J’aimerais pour ce jour que l’optimisme soit insufflé un peu partout.