Miel bio, importé, artisanal… Comment bien choisir son pot de miel?

REPORTAGE Derrière les étiquettes, que contient le miel que nous mangeons ?...

Audrey Chauvet

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Des pots de miel sur la chaîne de production de Famille Michaud Apiculteurs, à Gan (Pyrénées-Atlantiques) le 4 mai 2016.
Des pots de miel sur la chaîne de production de Famille Michaud Apiculteurs, à Gan (Pyrénées-Atlantiques) le 4 mai 2016. — A.Chauvet/20Minutes

De notre envoyée spéciale à Gan (Pyrénées-Atlantiques)

Patricia Beaune enfile une blouse blanche et nous guide dans le laboratoire. Douze personnes, biochimistes et physiciens, y manipulent tubes à essai et microscopes. Difficile d’imaginer que c’est pour des pots de miel que tout ce travail est fait et pourtant, dans l’usine de Famille Michaud Apiculteurs à Gan (Pyrénées-Atlantiques), on est fier d’avoir le seul laboratoire privé en France réalisant 90.000 analyses sur des échantillons de miel chaque année. « Nous sommes au centre de l’activité car nous donnons l’autorisation pour l’achat de matières premières et pour la sortie des produits finis », explique la responsable du laboratoire.

Patricia Beaune, responsable du laboratoire de Famille Michaud Apiculteurs, à Gan (Pyrénées-Atlantiques) le 4 mai 2016.
Patricia Beaune, responsable du laboratoire de Famille Michaud Apiculteurs, à Gan (Pyrénées-Atlantiques) le 4 mai 2016. - A.Chauvet/20Minutes

Origine géographique et pollens passés au crible

Lorsque les livraisons des apiculteurs arrivent sur le site de Gan, la première procédure consiste à prélever un échantillon de miel pour tester sa conformité à la commande et à la réglementation. « Nous vérifions l’appellation florale et géographique, l’absence de résidus de pesticides et d’antibiotiques, et l’authenticité du miel, à savoir l’absence de sucres ajoutés », détaille Patricia Beaune. La réglementation sur le miel est stricte et l’entreprise, qui produit quelque 20.000 tonnes de miel par an, ne peut se permettre aucun écart.

Des directives européennes imposent que les appellations géographiques (miel de Provence, par exemple) soient précises et que les origines florales (miel d’acacia, de châtaignier, de lavande…) soient conformes à des critères physico-chimiques et organoleptiques. « Nous rejetons 30 % des miels que nous recevons », chiffre la responsable du laboratoire. « Sur le miel français, c’est principalement à cause de la présence d’antibiotiques utilisés contre les maladies bactériennes des abeilles. On ne retrouve que peu de pesticides car les abeilles qui en absorbent meurent et ne reviennent pas à la ruche. »

Comment savoir d’où vient le miel ?

Pour vérifier que le miel provient bien de la région ou du pays mentionné sur l’étiquette, les chimistes recherchent les « flores traceuses » : « On sait que si on trouve des traces de thym, de romarin, d’amandier, le miel vient d’Espagne », illustre Patricia Beaune, dont l’équipe est en contact avec un réseau international qui recense les espèces florales présentes dans tous les pays du monde afin de tenir à jour la base de données.

Comment savoir ce qu’ont butiné les abeilles ?

L’analyse est tout aussi scrupuleuse sur les pollens : un miel de châtaignier, par exemple, ne peut porter cette indication que s’il est composé à plus de 90 % de pollen de châtaignier. Pour le savoir, le laboratoire passe un échantillon de miel au microscope et observe les pollens : « L’analyse pollinique consiste à extraire la graine de pollen et à l’observer. Soit on la reconnaît directement, soit on fait appel à la base de données mondiale », explique Patricia Beaune. Cette analyse est complétée par d’autres tests permettant d’assurer la composition du miel : pH du miel de lavande, conductivité du miel de miellats, profil des sucres… L’entreprise vient d’acquérir une machine à résonance magnétique nucléaire (RMN) pour effectuer tous ces contrôles en une seule fois : « C’est le même principe qu’une IRM : le spectre que nous obtenons nous permet de déceler toutes les molécules du miel et chaque zone de ce spectre correspond aux sucres, aux acides phénoliques, aux acides organiques… » Toute déviance par rapport au modèle sera ainsi facilement détectée.

Dans le laboratoire de Famille Michaud, une nouvelle machine à RMN va permettre d'établir la composition intégrale de tous les miels reçus.
Dans le laboratoire de Famille Michaud, une nouvelle machine à RMN va permettre d'établir la composition intégrale de tous les miels reçus. - A.Chauvet/20Minutes

Le miel bio, ça existe ?

Pour tous les miels, la réglementation impose des seuils de résidus à ne pas dépasser : « Sur le miel, nous recherchons 9 familles de molécules antibiotiques, dont 3 sont interdites et les autres ne doivent pas dépasser 10mg/kg, ainsi que 200 molécules de pesticides », chiffre Patricia Beaune. Les contrôles sont aussi stricts pour les miels étiquetés bio mais de manière générale, les pesticides se retrouvent très peu dans le miel puisque « l’abeille sert de filtre », explique Bernard Saubot, directeur des achats et du développement apicole chez Famille Michaud.

Seule réelle différence entre miel bio et non bio, les premiers doivent avoir été produits avec des méthodes biologiques pour obtenir le label. Et se retrouvent ainsi avec des prix de vente qui explosent (environ 4,30€ le kilo de miel bio vendu en gros contre 2,90 pour du miel conventionnel) : « Les intrants en bio sont plus chers, les méthodes pour lutter contre le varroa demandent un temps fou, les produits de substitution peuvent ne servir à rien… », énumère Bernard Saubot. La difficulté d’être apiculteur bio décourage bien des vocations : on ne compte que 270 apiculteurs bio en France pour une production de 200 à 250 tonnes de miel labellisé. Les besoins de l’entreprise pour répondre à la demande du consommateur sont six fois supérieurs. Résultat, le miel bio commercialisé est à 80 % importé.

>> A lire aussi : Les abeilles françaises victimes des pesticides et… des impôts

Faut-il se méfier du miel importé ?

Espagne, Chine, Argentine et Hongrie se taillent la part du lion dans les quelque 16.000 tonnes de miel importées chaque année en France. La chute de la production de miel française et la forte hausse des prix qui a suivi a incité les industriels de l’agro-alimentaire à se fournir ailleurs. Une liste de pays tiers autorisés à exporter du miel vers la France assure la qualité sanitaire des miels. La Chine, premier producteur de miel au monde, est ainsi autorisée à vendre son miel en Europe mais parfois, elle écoule ses stocks en fraudant avec des importateurs qui apposent une étiquette « origine UE » à la réception des fûts.

Des pots de miel de la marque Lune de Miel.
Des pots de miel de la marque Lune de Miel. - A.Chauvet/20Minutes

Une étude réalisée par le Centre d’études techniques apicoles de Moselle (Cetam) en 2013 montrait que 10 % du miel vendu en France était frauduleux : il s’agissait en grande partie de miel chinois dissimulé sous des étiquettes rassurantes ou allongé à l’eau ou au sirop de glucose. « Il y a plus de contrôles aux frontières par les services vétérinaires sur les miels importés que sur les miels artisanaux en France », nuance Vincent Michaud, PDG de Famille Michaud. « Pour les consommateurs, le meilleur miel est celui qui serait produit dans leur jardin et le pire celui qui vient de loin. C’est faux, surtout en France où l'on utilise beaucoup de produits phytosanitaires. Un pays comme l’Argentine produit un miel très pur car on y trouve des grands espaces sans aucun traitement chimique. »