Scandales dans les abattoirs: Les difficiles justifications des directeurs d’Alès, du Vigan et de Mauléon-Licharre

ANIMAUX La commission d’enquête parlementaire auditionnait ce jeudi matin les directeurs des abattoirs dénoncés par l’association L214…

Audrey Chauvet

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Illustration d'un abattoir en France.
Illustration d'un abattoir en France. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

« Comment expliquez-vous ce que l’on a vu dans les vidéos ? » « Mr Falorni, je ne me l’explique pas » : ce jeudi matin, les directeurs des abattoirs récemment dénoncés par l’association L214 ont eu du mal à trouver les mots pour répondre à la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie, présidée par le député de Charente-Maritime Olivier Falorni.

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« Manquement » ou « non-conformité »

Alès, Le Vigan, Mauléon-Licharre : les trois abattoirs étaient entendus ce jeudi, au lendemain de l’audition de L214 qui a publié depuis février trois vidéos montrant des sévices infligés aux animaux dans ces établissements. Impossible pour les dirigeants des abattoirs de nier les faits ou de les minimiser compte tenu de l’émotion que ces images avaient provoqué dans la population, mais plutôt que d’y voir un problème structurel, ils préfèrent parler de « manquement aux règles » ou de « non-conformité ».

« L’enquête administrative n’a pas trouvé de fautes graves et nous n’avons jamais eu de problèmes sanitaires », se défend Max Roustan, le maire (LR) d’Alès (Gard), où l’abattoir est un établissement public géré en régie. « Il s’agit d’un manquement à la réglementation, ajoute Jack Pagès, directeur de l’abattoir d’Alès. Nos salariés sont sensibilisés à la protection animale avec 2 ou 3 réunions en interne chaque année, mais la routine s’installe quand même et c’est là qu’apparaissent des risques. »

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« Il n’y a pas eu mort d’homme »

Cette routine, l’abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) tente de la combattre en obligeant ses salariés à tourner à différents postes. Malgré cela « un système humain peut dériver, qu’on travaille sur la matière vivante ou sur autre chose », explique Michel Etchebest, maire de Mauléon-Licharre, qui parle de « non-conformités ». « Il n’y a pas eu mort d’homme ni empoisonnement », tempère-t-il. Le directeur de l’abattoir du Pays Basque a interrogé le salarié pris en flagrant délit de mauvais traitements : « Il m’a répondu qu’il s’était énervé », raconte Gérard Clemente.

Le « pétage de plombs » est également évoqué par Roland Canayer, président de la communuauté de communes du Pays Viganais, gestionnaire de l’abattoir du Vigan : « Sur les 3 employés, un a pété les plombs, un matin. On ne sait pas que ce qui s’est passé pour lui. » L’homme vu en train de rire alors qu’il maltraite des animaux a été licencié et l’abattoir s’engage à devenir « un abattoir pilote pour toute amélioration ». La vidéosurveillance devrait ainsi permettre de contrôler les agissements des salariés, qui se sont déclarés favorables à l’installation de caméras.

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Lanceurs d’alerte ou « groupuscule végétarien » ?

Au-delà d’un défaut de surveillance permanente en interne, les abattoirs dénoncent des manques dans les contrôles faits par l’Etat et dans les formations dispensées. « La Direction départementale de la protection des populations (DDPP) contrôle l’amont et l’aval de la chaîne, c’est-à-dire l’animal vivant et la viande, mais pas l’abattage », déclare Roland Canayer. « Depuis la vache folle, beaucoup de choses ont été faites au niveau sanitaire et hygiène, mais peu sur le bien-être animal », témoigne Laurent Kauffmann, directeur de l’abattoir du Vigan, qui a suivi une formation « plus théorique que pratique » pour obtenir le certificat de protection animale devenu obligatoire en 2012.

Dans ces trois structures de petite taille, on assure que la souffrance animale est prise en compte et que les cadences d’abattage n’ont rien à voir avec le rythme soutenu des abattoirs industriels. L’argument du développement économique local et du maintien d’une agriculture pastorale a été évoqué par tous les intervenants, qui veulent voir dans les images de L214 des exceptions inacceptables. Max Roustan, le maire d’Alès, dénonce pour sa part des « images scandaleuses » produites par « un groupuscule dont le militantisme végétarien décrédibilise les actions ». La députée écologiste Laurence Abeille, membre de la commission d’enquête, estime pour sa part que l’association joue un rôle de « lanceur d’alerte » indispensable.