Nucléaire: Elargis, les plans d'intervention en cas d'accident sont-ils pour autant efficaces?

NUCLEAIRE Ségolène Royal a annoncé ce mardi l’élargissement des périmètres d’intervention, mais sont-ils vraiment efficaces ?...

Audrey Chauvet
La centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir-et-Cher.
La centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir-et-Cher. — AFP PHOTO / GUILLAUME SOUVANT

Savez-vous ce qu’est un PPI ? Sauf si vous habitez tout près d’une centrale nucléaire, il y a peu de chances que vous connaissiez les « plans particuliers d’intervention », ces dispositifs destinés à assurer la protection des populations en cas d’accident nucléaire. Ils fixent notamment les modalités d’information des voisins de la centrale, l’organisation d’une évacuation si nécessaire et la conduite à avoir en cas d’alerte, notamment la prise des comprimés d’iode. Crucial, donc, dans un pays qui compte 58 réacteurs nucléaires répartis sur 19 sites à travers la France.

Des PPI étendus à 80km

Ce mardi, la ministre de l’Ecologie a annoncé que le périmètre dans lequel ces PPI sont applicables serait étendu à 20km autour des centrales au lieu de 10 actuellement. Une « étape décisive » pour l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli), qui a publié début avril un rapport alarmant sur la sûreté nucléaire. « Cet élargissement est significatif car si on prend l’exemple de la centrale du Bugey (Ain), le périmètre va maintenant englober 1 million de personnes contre 68.000 auparavant », chiffre Michel Demet, conseiller du président de l’Anccli.

Ségolène Royal n’a pas précisé quand cet élargissement entrerait en vigueur, mais déjà les ONG anti-nucléaire ont jugé que la mesure était dérisoire. « On sait qu’à Fukushima la zone d’évacuation totale était de 20km autour de la centrale mais que la contamination radioactive était aussi importante à 80km », note Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). L’Anccli, qui assure un suivi permanent de l’impact des installations nucléaires sur la population, aimerait voir les PPI étendus à 80km. Les communautés de communes de Bordeaux (centrale du Blayais) et de Cherbourg-Octeville (EPR de Flamanville) ont déjà adopté ce large périmètre.

« On prend la voiture et on reviendra quand ce sera décontaminé »

Ailleurs, seules les populations situées dans les 10km de la centrale ont été informées et invitées à se munir de pastilles d’iode stable pour limiter les effets de l’iode radioactif sur la thyroïde. A Beaugency (Loiret), les 8.000 habitants sont ainsi censés connaître les consignes à suivre en cas d’accident grave à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) située à quelques kilomètres : « Nous avons bénéficié d’une campagne d’information liée au renouvellement des pastilles d’iode en début d’année, témoigne le directeur de cabinet du maire de Beaugency. A cette occasion, nous avons rediffusé les consignes de base dans les bulletins municipaux et sur le site Internet de la mairie. »

La campagne de renouvellement des pastilles d’iode, à la charge d’EDF, a concerné 400.000 foyers sur 500 communes en France et a été accompagnée de réunions organisées par les pouvoirs publics et les commissions locales d’information. « On a eu une réunion dans la salle des fêtes, à laquelle tout le monde était invité, témoigne Mme Gallier, propriétaire d’un hôtel tout proche de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux. C’est la première fois qu’une telle réunion était organisée. Avant il n’y avait que la distribution d’iode. »

Ceux qui ne se sont pas déplacés ont simplement reçu un courrier leur indiquant qu’ils pouvaient se rendre en pharmacie pour récupérer leurs nouvelles pastilles. « Ils nous donnent une plaquette avec pour nous expliquer, mais je ne l’ai pas lue », avoue Pascal, habitant de Mer (Loir-et-Cher), voisin proche de la centrale sur la Loire. Pour lui, « s’il y a un souci majeur on est en première ligne, il faut partir ! On prend la famille, la voiture, on s’en va et on reviendra quand ce sera décontaminé. »

Les voisins fatalistes

« L’auto-évacuation », les autorités semblent compter dessus : « Autour du site de Tricastin (Drôme), le nombre de cars mis à disposition permettrait d’évacuer 4.000 à 5.000 personnes, or 10.000 personnes sont dans le périmètre. Ce n’est pas sérieux : on est censés être pris en charge, quand on s’auto-évacue on ne peut bénéficier d’aucune aide », estime Roland Desbordes. Les exercices réalisés dans les centrales ne concernent pas les populations : aucune simulation d’accident n’a été faite, sauf dans les écoles où « des exercices de confinement sont réalisés régulièrement », assure le directeur de cabinet du maire de Beaugency.

Ce sont les préfets qui ont la responsabilité de mettre en œuvre les PPI en cas d’accident : ils devront demander le déclenchement des alertes, qui passeront par des sirènes et des messages diffusés à la radio, et la mise à l’abri si les populations sont exposées à plus de 10 millisieverts. « Nous ne sommes pas du tout inquiets, assure Mme Gallier, dont l’hôtel se situe à Saint-Laurent-Nouan, quasiment au pied de la centrale du Loir-et-Cher. Trois quarts de notre clientèle sont des personnes en formation ou en déplacement à la centrale, car EDF a de plus en plus de sous-traitants. On est là pour ça. »

Même fatalisme du côté de Mer, de l’autre côté du fleuve : « Les agriculteurs polluent plus que la centrale, alors qu’est-ce qui fait le plus peur ? Ce qu’on mange ou ce qui nous fournit de l’électricité ? Et où peut-on habiter en France, avec le nombre de réacteurs qu’on a ? », s’interroge Pascal. « Les informations réglementaires sont données mais la culture du risque n’existe pas vraiment dans la population, observe Michel Demet. On a beau planifier tout ce qu’on veut, le jour où l’accident arrivera, ça ne se passera pas comme prévu. »