«Ce gouvernement est le plus écologique qui ait jamais existé»: Manuel Valls peut-il vraiment se vanter?

FACT CHECKING Le Premier ministre clôturait ce mardi la quatrième conférence environnementale du quinquennat…

Audrey Chauvet

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Manuel Valls, le 26 avril 2016 lors de la conférence environnementale.
Manuel Valls, le 26 avril 2016 lors de la conférence environnementale. — AFP PHOTO / PHILIPPE LOPEZ

François Hollande avait ouvert la quatrième et dernière conférence environnementale avec un discours de bilan, Manuel Valls l’a fermée avec un discours… de bilan. Ce mardi, le Premier ministre est intervenu en clôture des débats au ministère de l’Ecologie et s’y est déclaré « très fier d’être à la tête du gouvernement sans doute le plus écologique qui ait jamais existé ». Manuel Valls a même « mis au défi quiconque » de contester ce qualificatif. Défi relevé.

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Un grand succès et des grands chantiers

Rendons à César ce qui appartient à Laurent Fabius, le succès de la COP21 marquera indéniablement le quinquennat. « Il fallait le faire, mais tout reste à faire, nuance Denis Voisin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. II faut maintenant veiller à une ratification rapide et à fédérer une coalition de pays ambitieux qui iront plus loin que l’engagement pris dans l’Accord de Paris ». Ségolène Royal a annoncé ce lundi que le projet de loi de ratification de l’accord serait présenté au conseil des ministres le 4 mai pour une ratification avant l’été. Un bon point pour le gouvernement.

Depuis 2012 et la première conférence environnementale, trois grands chantiers ont été engagés. La loi sur la transition énergétique a été votée mais « 50% des décrets d’application n’ont pas encore été pris », déplore Benoit Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE).  La loi « pour la reconquête de la biodiversité », « qui repose sur des décrets pas encore parus » note Denis Voisin, est « sans ambition alors que la biodiversité vit un déclin dramatique », alerte Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

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Enfin, la démocratisation du dialogue environnemental, mise en branle notamment après le décès dramatique de Rémi Fraisse sur le site du barrage de Sivens, « se termine par une consultation sur Notre-Dame-des-Landes qui nous paraît illégitime sur son périmètre et sur la question posée », déplore le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Des dossiers qui s’embourbent

« Si le meilleur gouvernement écologique n’arrive pas à renoncer à Notre-Dame-des-Landes, à reculer sur le nucléaire ou à éviter des drames comme à Sivens, j’espère que ce n’est pas le meilleur et que le meilleur est à venir », s’insurge Benoit Hartmann. Les atermoiements sur la fermeture de la centrale de Fessenheim, auxquels François Hollande a tenté de mettre un terme ce lundi en annonçant qu’EDF devrait proposer après 2018 « la fermeture de certaines centrales » et « la prolongation d'autres centrales », ont contribué à faire planer le doute sur la réelle volonté du gouvernement de sortir du tout nucléaire français.

Quant « au projet d’aéroport dans l’ouest de la France », comme l’a pudiquement désigné Manuel Valls à la tribune, son sort sera soumis à un référendum le 26 juin prochain. 

Un échec cuisant : l’écotaxe

Là, pas de délais, de débats ou de contestations, l’écotaxe a été purement et simplement enterrée après la colère des « Bonnets rouges » qui refusaient cette taxe touchant les poids-lourds. Les grands absents de cette conférence environnementale ont d’ailleurs été les transports, rapidement évoqués en une heure ce mardi matin : « Le gouvernement n'a pas de plan massif pour réellement agir en faveur de la mobilité propre, c'est étonnant », déplore Pascal Canfin, directeur général du WWF France.

Conscient de cette lacune, Manuel Valls a appelé ce mardi la ministre de l’Ecologie à plancher sur une nouvelle loi « Loti », la « loi d’orientation des transports intérieurs » publiée en 1982 et jamais revue depuis. Cette nouvelle version devrait être compatible avec les objectifs de la COP21. Pour cela, il faudra « que la SNCF évolue pour regagner en compétitivité par rapport aux autres modes de transport plus polluants », a indiqué Manuel Valls alors qu’une grève frappe la SNCF ce mardi. Ce n’est pas gagné d’avance. Sauf pour les bus Macron qui eux sont bel et bien en marche.

Encore un an pour concrétiser 

Alors, Manuel Valls s’est-il décerné une médaille imméritée ? « Il reste un an au gouvernement pour faire ses preuves, mais pour le moment le Grenelle a permis de faire plus d’avancées », reconnaît Benoit Hartmann. Même son de cloche du côté de la LPO : « On ne peut pas effacer d’un trait de plume le Grenelle de l’environnement, dont tous les prolongements sont mis en œuvre aujourd’hui », note Allain Bougrain-Dubourg.

Certes, le Grenelle partait d’une copie vierge. Certes, il avait aussi beaucoup déçu. Mais les ONG ne veulent pas laisser le dernier mot à Manuel Valls et comptent bien exiger des avancées pendant cette dernière année du quinquennat.  Et au-delà : « Si les Premiers ministres font une escalade à qui est le meilleur en écologie, c’est bon pour la planète », sourit Allain Bougrain-Dubourg.