Après le fiasco national, pourquoi l’écotaxe marcherait-elle en Ile-de-France?

ENVIRONNEMENT Chantal Jouanno veut instaurer une taxe pour les poids lourds en transit dans la région Ile-de-France…

Audrey Chauvet
Illustration d'une barrière d ecotaxe sur le périphérique nantais
Illustration d'une barrière d ecotaxe sur le périphérique nantais — Fabrice Elsner/20MINUTES

L’écotaxe a une qualité indéniable : elle est capable de renaître plusieurs fois de ses cendres. Ce dimanche, la vice-présidente en charge de l’écologie et du développement durable à la région Île-de-France, Chantal Jouanno, a déclaré dans le JDD vouloir instaurer une « écotaxe sur les poids lourds en transit en Ile-de-France ». Ce serait le grand retour d’une mesure qui avait été suspendue sine die par le ministère de l’Ecologie en octobre 2014 après la grogne des Bonnets rouges. Pourtant, la région Ile-de-France croit à cette mesure au niveau régional.

L’Ile-de-France trop gratuite

« L’Ile-de-France compte très peu de secteurs à péage, donc si un transporteur routier veut traverser la France, pour aller d’Espagne aux Pays-Bas par exemple, il va préférer traverser l’Ile-de-France plutôt que de la contourner par des autoroutes payantes », explique François Damerval, conseiller régional EELV et apparentés.

Afin d’éviter que les transporteurs ne polluent « gratuitement » la région, une écotaxe pourrait rétablir une certaine égalité entre les axes routiers et aussi entre pays européens. « C’est indispensable car d’autres pays européens l’ont fait, donc les camions vont éviter la Belgique ou la Suisse où le passage est payant et vont rouler chez nous, en utilisant nos routes sans rien payer pour leur entretien ou pour la pollution », renchérit Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE).

Des arguments qui parlent aux Franciliens

On se souvient des Bonnets rouges et des démontages de portiques qui ont poussé le gouvernement à céder sur l’écotaxe. En Ile-de-France, l’acceptabilité de la mesure semble meilleure : « La population francilienne subit des niveaux de pollution nettement supérieurs à ceux que l’on connaît en Bretagne », note François Damerval. La baisse du nombre de poids lourds en transit sur les routes d’Ile-de-France pourrait aussi contribuer à réduire les embouteillages. « Le passage de poids lourds augmente le danger dans les villes traversées, dégrade les infrastructures et génère de la pollution » assène Benoît Hartmann, de FNE.

Une source de revenus

L’écotaxe en Ile-de-France pourrait rapporter cent millions d’euros par an, a chiffré Chantal Jouanno. Un apport financier non négligeable pour la région, qui pourrait être mis à profit pour lutter contre la pollution, a ajouté la vice-présidente. Si pour l’heure l’affectation des revenus tirés de l’écotaxe n’est pas encore déterminée, certains espèrent qu’ils seront destinés à développer le fret ferroviaire ou fluvial. « Si on donne des avantages indus aux transports routiers, on ne peut pas s’attendre à ce que le transport fluvial ou par rail soit compétitif », estime Benoît Hartmann.

Pour les transporteurs routiers, cette taxe serait « abusive » : « Quel que soit le motif invoqué (lutte contre la pollution, besoin de recettes, financement des transports en commun,…), les professionnels d’Île de France rappellent que les transporteurs routiers ne pourront pas supporter une nouvelle fiscalité. (…) D’autant plus que ceci vient s’ajouter à la taxe appliquée à la même date sur les aires de stationnement, en plus de la taxe annuelle sur les locaux à usages professionnels », a réagi l’Union des entreprises de transport et de logistique de France.

Egalitaire pour les camions ?

Les partisans de l’écotaxe assurent que le montant payé sera proportionnel aux distances parcourues et qu’il avantagera les camions qui livrent en région parisienne au détriment de ceux qui ne font que la traverser. « La différenciation entre eux se fera naturellement car la facturation se fera au kilomètre avec un système de relevé de plaques d’immatriculation. Un camion qui va livrer des fruits à Rungis passera une fois à l’aller sous un portique et une fois au retour sous le même, donc il payera beaucoup moins qu’un camion qui sera entré au sud de la région et ressorti au nord, par exemple », illustre François Damerval.

D’un point de vue législatif

Pour qu’une telle mesure entre en vigueur, il ne suffit pas que la région la vote. Il faut un décret précisant ses modalités d’application. Et cela risque de poser problème alors que le fiasco de 2014 est encore dans les têtes. « Mais la loi permet aussi aux collectivités locales de mener des expérimentations. Les portiques, nous les avons, alors expérimentons ! », lance François Damerval.