Pesticides: sans attendre 2017, des communes ont fait leur révolution verte

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Le 13 mai 2015 dans le jardin public de la Cour des Senteurs à Versailles
Le 13 mai 2015 dans le jardin public de la Cour des Senteurs à Versailles — GUILLEMETTE VILLEMIN AFP

Entretenir les jardins et les parcs publics sans utiliser de pesticides? Des centaines de communes l'ont déjà fait mais, dans neuf mois, la loi va imposer cette révolution verte à toutes les collectivités locales, en dépit des réticences de nombreux élus.

«Nous butons souvent sur l'argument: ce n'est pas possible», rapporte Stéphen Kerckhove de l'ONG Agir pour l'environnement, co-organisateur d'une table-ronde cette semaine à l'Assemblée nationale avec des élus ayant adopté une politique sans pesticide. «Certains l'ont fait, aux autres de s'inspirer de leurs expériences», lance-t-il.

Au 1er janvier 2017, conformément à la loi Labbé (2014), complétée par loi sur la transition énergétique (2015), les produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, insecticides) seront interdits pour l'entretien de la voirie et des espaces verts publics (parcs, jardins, squares, massifs ornementaux, etc.), à l'exception des terrains de sport et des cimetières.

«Il y a une vraie dynamique, mais il faut accélérer, et les maires déjà impliqués dans la démarche ont un rôle à jouer», souligne Joel Labbé, sénateur EELV.

La loi ne prévoit pas de sanction pour les mauvais élèves, mais les citoyens pourront interpeller leurs élus et les associations attaquer en justice les communes récalcitrantes, explique Stéphen Kerckhove.

Les usages non-agricoles (collectivités et particuliers) représentent environ 10% des pesticides utilisés chaque année en France, selon Générations futures.

Lors de la table-ronde à l'Assemblée, cette ONG a indiqué avoir recensé plus de 440 municipalités «zéro pesticide» en France sur un total de 36.000. «Ce chiffre reposant sur une déclaration volontaire des communes sur notre site, a priori il y en a donc beaucoup plus», indique Sophie Bordères de Générations futures.

En Ile-de-France, Natureparif recense plus de 150 municipalités sans pesticides, même dans les cimetières et les stades, et des centaines d'autres engagées dans une politique de réduction de l'usage de ces produits. Versailles a par exemple été une ville pionnière en la matière, notamment dans le cimetière, un lieu où la vue de la moindre herbe folle est mal tolérée par les populations.

- Vision de la nature en ville -

Lors de la table-ronde, des représentants de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), Barjac (Gard), Miramas (Bouches-du-Rhône), Lardy (Essonne), Bouvron (Loire-Atlantique) et Langouet (Ile-et-Vilaine) ont raconté comment leur commune a tourné le dos à l'industrie agrochimique.

«Arrêter les phytosanitaires, c'est une nouvelle contrainte pour les employés, il faut donc convaincre en expliquant pourquoi et comment on va le faire», résume Cédric Cazal de Miramas. «Nous avons mis en avant les risques pour la santé encourus par les agents» qui utilisent ces produits régulièrement, explique le technicien, et «nous nous sommes aussi appuyés sur une étude qui montrait que la quasi-totalité des rivières de notre région était polluée» par des résidus de pesticides.

A Langouet, la transition «a été difficile car le personnel venait juste d'être formé à une bonne utilisation des pesticides», se souvient avec ironie Daniel Cueff. Il a fallu «désapprendre».

Pour éviter les pesticides, la liste des options est longue: désherbage mécanique (sarcloirs, ciseaux, balais en acier ou en nylon, etc.), désherbage thermique (eau chaude, vapeur, gaz), paillages pour éviter la repousse (feuilles mortes, copeaux de bois, herbe de tonte, etc.), plantes couvrantes, animaux en pâturage, etc.

A Lardy, «nous avons défini des zones semi-naturelles (une seule tonte par an), classiques (six tontes) et ornementales qui demandent plus de soins», explique Gérard Bouvet. «Ensuite, on a testé différentes alternatives» au désherbage chimique, «cela a pris un peu de temps», reconnaît l'adjoint au maire en soulignant qu'on «ne bascule pas forcément d'une année sur l'autre vers zéro pesticide».

Au delà des techniques de travail, les élus sont unanimes pour souligner les gros efforts de communication à faire en direction de leurs administrés.

«Apprendre à apprécier des prairies fleuries plutôt que de la pelouse», «tolérer un peu d'herbe sur les trottoirs ou au pied des arbres», «sensibiliser au rythme des saisons et aux plantes locales»: ces perceptions ne vont pas de soi, résume Stéphen Kerckhove. «C'est une nouvelle vision de la nature en ville» qu'il faut installer.