Japon: La justice ordonne l'arrêt de deux réacteurs nucléaires pour des raisons de sûreté

NUCLEAIRE Au Japon, la justice a décidé de la fermeture de deux réacteurs de la centrale nucléaire de Takahama, pourtant réactivés au début 2016, pour des raisons de sûreté. Le juge a notamment cité l'accident de Fukushima en 2011...

W.P. avec AFP

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Centrale nucléaire de Takahama
Centrale nucléaire de Takahama — /NEWSCOM/SIPA

C’est un revers de grande envergure que vient d’essuyer le gouvernement japonais. En dépit du feu vert donné par le Premier ministre Shinzo Abe quant au redémarrage des installations nucléaires japonaises, un tribunal nippon a ordonné mercredi la fermeture des unités 3 et 4 de la centrale de Takahama, dans l’ouest du pays. Guère convaincu par les arguments avancés par la compagnie exploitante (Kansai Electric Power), le juge en charge de l’affaire a affirmé sur la chaîne NHK qu’« il reste des interrogations sur les mesures de protection vis-à-vis d’un tsunami et concernant les plans d’évacuation », preuve que le spectre de Fukushima plâne encore au-dessus du nucléaire national, cinq ans après l’accident de 2011. « On ne peut pas dire que la compagnie ait fourni suffisamment d’explications sur le plan de la sûreté », a-t-il ajouté.

 

« Une victoire qui fera date », pour les écologistes

Après un an de bataille judiciaire, les 29 plaignants, eux, jubilent. Tous originaires de la préfecture de Shiga, limitrophe à celle de Fukui où se trouvent les réacteurs de Takahama, ces derniers sont sortis du tribunal en criant leur joie face aux caméras et en brandissant des banderoles saluant « le courage du jury. » Autres vainqueurs du procès, les écologistes de Greenpeace, dont l’un des responsables au Japon, Hisayo Takada, avait fustigé la réactivation des unités 3 et 4 de la centrale au début de l’année 2016. « Le redémarrage de Takahama témoigne de l’échec total de l’autorité de réglementation nucléaire du Japon à faire de la sécurité du public une priorité », déclarait-il alors. Aujourd’hui, il souligne « une victoire qui fera date » et qu’il interprête comme « un message clair [du tribunal] au secteur nucléaire, une semaine après la décision de traduire en justice des ex-dirigeants de la compagnie exploitante de la centrale de Fukushima pour négligence professionnelle ayant entraîné l’accident » de mars 2011.

 

Le Premier ministre japonais mécontent

Du côté du gouvernement, Shinzo Abe ne compte pas en rester là, persuadé que les installations japonaises peuvent redémarer sans crainte à partir du moment où l’Autorité nucléaire a délivré son certificat de conformité à de nouvelles normes durcies. « Le jugement [de l’Autorité nucléaire] selon lequel ces réacteurs répondent à des standards qui sont les plus stricts du monde ne change pas », ajoute Shinzo Yoshihide Suga, porte-parole du gouvernement japonais. La compagnie Kansai Electric Power, elle, devrait faire appel de la décision, mais son calendrier de relance progressive sera quoi qu’il arrive perturbé par une décision qu’elle juge « regrettable et inacceptable. »