VIDEO. Fukushima, cinq ans après: Les réfugiés déterminés à rester sont encore nombreux

JAPON 180.000 personnes chassées par la triple catastrophe du 11 mars 2011 n'ont toujours pas regagné leur habitation...

Mathias Cena

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Un homme âgé marche dans les allées d'un centre d'hébergement temporaire à Koriyama, dans le département de Fukushima, en mars 2015.
Un homme âgé marche dans les allées d'un centre d'hébergement temporaire à Koriyama, dans le département de Fukushima, en mars 2015. — NEWSCOM/SIPA

De notre envoyé spécial à Minamisoma (Fukushima),

Cinq ans après, le provisoire s’éternise pour les réfugiés de la triple catastrophe de mars 2011. Sur les 470 000 personnes qui ont dû être évacuées dans l’ensemble du Nord-Est du Japon, 180.000 n’ont toujours pas regagné leur habitation, selon un décompte officiel.

Aux lourds dégâts du tremblement de terre et du tsunami, qui ont fait près de 20 000 morts dans cette région du Tohoku (« nord-est »), s’ajoute, pour les habitants du département de Fukushima, le fléau de la radioactivité et son lot d’incertitudes liées à la menace invisible. Alors que le gouvernement table sur un retour des habitants dans la plupart des zones d’ici à mars 2017, seules 8 à 10 % des personnes évacuées souhaitent retourner dans les secteurs décontaminés, selon un sondage. Le gouvernement conditionnant les aides aux populations touchées à ce retour, beaucoup de réfugiés, désespérés, manifestent leur colère contre les autorités et Tepco, l’opérateur de la centrale accidentée, qu’ils accusent d’abandonner les victimes de Fukushima.

Mais la vie prolongée en hébergement temporaire a aussi des conséquences désastreuses sur la santé des personnes évacuées. Le stress post-traumatique lié à l’évacuation et le changement radical du mode de vie causent hypertension, obésité et diabète chez les déplacés, souligne Koichi Tanigawa, vice-président de l’Université médicale de Fukushima. Selon la chercheuse en sciences politiques Reiko Hasegawa, la catastrophe aurait entraîné près de 2.000 décès indirects, dont 90 % chez des personnes de plus de 65 ans.

Alors que beaucoup, parmi les plus âgés, souhaitent regagner leur domicile coûte que coûte, les jeunes, par inquiétude pour la santé de leur famille, manque d’opportunités professionnelles, ou volonté de tourner la page, ont massivement émigré vers les grandes villes, dans le département de Fukushima ou en dehors.

« Les jeunes en âge de travailler ne sont pas rentrés »

A 25 km au nord de la centrale nucléaire, la ville de Minamisoma, qui comptait 70.000 habitants avant le 11 mars 2011, a été particulièrement touchée, sa population descendant en-dessous des 10.000 habitants après la catastrophe, avant de se rétablir à 57.000. « Les jeunes en âge de travailler, entre 16 et 64 ans, ne sont pas rentrés », constate le maire, Katsunobu Sakurai.

« Entre ceux qui ont fait le choix de rester et les jeunes qui sont partis, c’est l’incompréhension totale », note Kensuke Tadano, jeune conseiller municipal de 33 ans. Lui-même a fait le choix de rester à Minamisoma mais est bien conscient que la ville est devenue moins attractive du fait de la raréfaction des commerces, de la fermeture des écoles et des lourdes perturbations des transports. La ligne ferroviaire Joban, qui permettait de rejoindre Sendai au nord et Tokyo au sud, est ainsi, aujourd’hui, coupée de part et d’autre de Minamisoma.

« La décontamination et les aides du gouvernement ne construisent pas un avenir »

« Les familles qui ont été évacuées ont créé une vie ailleurs, continue-t-il. Les enfants sont entrés dans un bon lycée, le père a un nouveau travail avec un bon salaire… Ils n’ont pas de raison de revenir. » Convaincu que « la décontamination et les aides du gouvernement ne construisent pas un avenir », il préfère se concentrer sur les actions de la ville pour développer l’emploi et l’entreprenariat, et les initiatives dans le domaine des énergies renouvelables. Minamisoma, qui développe des projets dans l’éolien et le solaire, veut en effet produire 64 % de son électricité d’ici 2020, et sortir complètement du nucléaire en 2030.

« On peut attirer de nouveaux habitants en leur permettant de vivre dans un environnement sûr », insiste Katsunobu Sakurai, qui codirige le réseau des Maires pour un Japon sans énergie nucléaire. Kensuke Tadano, lui, voudrait que gouvernement et scientifiques, après avoir clairement expliqué aux gens la situation concernant la contamination, les soutiennent quel que soit leur choix : revenir ou partir.

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