Notre-Dame-des-Landes: la mobilisation des anti aéroport ne faiblit pas contre les expulsions

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Le trafic ralenti le 12 janvier 2016 sur le périphérique nantais par une opération escargot des opposants à un projet d'aéroport international à Notre-Dame des Landes
Le trafic ralenti le 12 janvier 2016 sur le périphérique nantais par une opération escargot des opposants à un projet d'aéroport international à Notre-Dame des Landes — LOIC VENANCE AFP

Les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont maintenu la pression mardi, en multipliant opérations escargot et blocages de routes près de Nantes, dans l'espoir d'un geste de François Hollande pour empêcher l'audience d'expulsion mercredi d'une quinzaine de militants historiques de leur cause.

Après avoir mené pendant près de deux heures lundi matin une opération escargot sur le périphérique nantais, à l'heure de forte affluence, de nouvelles actions étaient en cours dans l'après midi dans plusieurs points de la région nantaise, notamment près de Pornic, d'Ancenis, Saint-Étienne de Montluc, ou à Montaigu en Vendée.

En début d'après-midi, 25 tracteurs se trouvaient au pied du pont de Saint-Nazaire, protégé par les forces de l'ordre selon l'association paysanne Copain44 à l'origine du mouvement. Selon le CRICR (Centre régional d'information et de coordination routière) Ouest «une trentaine de tracteurs gênaient l'axe Saint-Nazaire - Saint-Brévin (nord sud) sur le pont de Saint-Nazaire» peu après 15H00.

Des actions de soutien aux anti-aéroport ont également lieu dans d'autres villes de l'ouest, notamment à Rennes ou Vannes.

Si l'opération de la matinée à Nantes n'a pas autant perturbé la circulation que le redoutaient les autorités, celles-ci ont répondu avec fermeté aux manifestants en procédant à vingtaine d'interpellations suivies de garde à vue.

Selon le bilan communiqué par la Préfecture de la Loire-Atlantique, 19 conducteurs ont été interpellés pour entrave à la circulation puis placés en garde à vue et leurs véhicules conduits à la fourrière.

Trente-cinq autres manifestants ont été contrôlés par les forces de l'ordre sur différents points du périphérique, dont quatre feront l'objet de convocations ultérieures.

Enfin, trois personnes ont été verbalisées par les gendarmes à Ancenis (Loire-Atlantique) à l'occasion d'une autre opération escargot.

- «Ni procès, ni expulsion» -

La veille déjà, trois agriculteurs avaient été placés en garde à vue après avoir tenté de forcer un barrage de gendarmes avec leurs tracteurs, lors d'une opération escargot à l'ouest de Nantes. Remis en liberté mardi matin, ils feront l'objet de poursuites, selon Copain 44.

L'association agricole, qui voit dans cette réponse des pouvoirs publics «une volonté délibérée de provocation aux affrontements», n'en reste pas moins déterminée à poursuivre ses actions tant qu'elle n'aura pas obtenu l'assurance du président François Hollande qu'il n'y aura «ni procès ni expulsion» des 11 familles et des quatre agriculteurs installés sur la zone où doit être construit l'aéroport.

«On ne nous répond toujours pas sur l'annulation de la procédure de référé qui doit être examinée mercredi à Nantes. Il faudrait que le gouvernement se décide à dire quelque-chose, car la colère monte», a déclaré à l'AFP Vincent Delabouglise, un des porte-parole du Collectif d'organisations agricoles opposées à l'aéroport.

Une «colère» dont certains redoutent qu'elle ne déborde à l'occasion de la manifestation «dans le calme et la sérénité» appelée par les anti-aéroport mercredi matin devant le TGI.

Mise en suspens en 2012 peu avant les dernières tentatives d'évacuation de la «Zad» - Zone d'aménagement différé dédiée au projet, rebaptisée «zone à défendre» par les opposants -, la procédure visant à expulser les derniers habitants du site où doit être construit l'aéroport a été relancée à l'automne 2015, après l'annonce d'une reprise des travaux pour début 2016.

Le TGI de Nantes examine mercredi la demande en référé de la société Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale du groupe Vinci et concessionnaire du site, visant à leur expulsion, assortie d'une astreinte journalière de 200 à 1.000 euros et d'une mise sous séquestre de leurs biens et cheptels s'ils n'obtempèrent pas.

Les opposants accusent François Hollande d'avoir «trahi» son engagement de 2012, de geler les expulsions tant que les recours déposés contre le projet n'avaient pas été épuisés, ce qui inclut, selon eux, les procédures d'appel.

Pour obtenir du chef de l'État «l'abandon immédiat des procédures d'expulsion», plusieurs milliers d'opposants - entre 7.200 et 20.000, selon les sources - avaient déjà manifesté samedi sur le périphérique nantais, totalement bloqué à la circulation jusqu'à une intervention des forces de l'ordre dans la nuit de samedi à dimanche.