Changement climatique: une forêt française sous haute surveillance

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Une chercheuse vérifie le niveau de l'eau et les températures dans la forêt d'Orléans le 14 octobre 2015
Une chercheuse vérifie le niveau de l'eau et les températures dans la forêt d'Orléans le 14 octobre 2015 — Guillaume SOUVANT AFP

A une centaine de kilomètres au sud de Paris, 40 des 35.000 hectares de la forêt d'Orléans sont placés sous haute surveillance: un dispositif unique en Europe pour comprendre les effets du réchauffement climatique et mieux préparer les zones boisées au climat qui régnera dans 50 ou 100 ans.

Trente-trois parcelles de la plus grande forêt domaniale de France ont ainsi été truffées de capteurs météo, d'appareils de mesures de l'humidité des sols, de dispositifs de surveillance de la croissance des arbres et de caméras captant les incursions de cerfs, chevreuils et sangliers.

«C'est une étude de longue haleine qui vise à définir des stratégies de sylviculture dans le contexte du changement climatique», explique Nathalie Korboulewsky, campée au milieu d'une parcelle de chênes sessiles et de pins sylvestres, les deux essences présentes en forêt d'Orléans.

«Si on n'adapte pas la sylviculture aujourd’hui, dans 50 ou 100 ans les peuplements actuels risquent de souffrir de sécheresse puisqu'ils sont adaptés au climat actuel, et pas au climat qu'il y aura dans 100 ans», observe-t-elle.

Une station météo trône au milieu de l'enclos destiné à éloigner cerfs et sangliers, tandis que des câbles plongent sous terre pour mesurer l'hygrométrie du sol.

Les sondes vont rester enterrées pendant plusieurs années, permettant aux chercheurs d'observer «l'évolution de la teneur en eau sur toute l'année et de regarder ça avec différents paramètres du peuplement, que ce soit la biodiversité ou la croissance des arbres», explique Vincent Seigner, assistant ingénieur.

«Nous savons que quel que soit le scénario sur le régime des pluies, l'augmentation de température va provoquer une consommation d'eau accrue par la forêt», souligne Mme Korboulewsky, qui dirige l'étude pour l'Irstea, un organisme de recherche environnementale basé dans la région.

«Le massif forestier d'Orléans est particulièrement intéressant à étudier dans le contexte du changement climatique car ses sols argileux imposent des contraintes hydriques très importantes: en hiver, les sols sont ennoyés (gorgés d'eau, ndlr) et peuvent au contraire être très secs en été», indique-t-elle.

- '80.000 données par jour' -

L'Irstea et ses chercheurs explorent donc plusieurs hypothèses afin de définir les meilleures stratégies pour que l'exploitation de la forêt réponde durablement à la demande croissante de bois, tout en respectant l'environnement et la biodiversité.

Trois paramètres principaux doivent être pris en compte: la densité des arbres, le peuplement par une seule essence ou au contraire le mélange entre chênes sessiles et pins sylvestres, et enfin l'impact du grand gibier sur le renouvellement de la végétation.

Pour cette opération, les chercheurs ont créé autant de parcelles que de combinaisons possibles entre ces trois paramètres, afin de déterminer quelle sera la meilleure configuration possible. Par exemple, ils ont, grâce à des enclos, interdit ou permis l'accès des parcelles à tout gibier ou à certaines espèces seulement. Ils ont aussi varié les peuplements et leurs densités.

«Cette étude croisée constitue un dispositif unique en France et en Europe», s'enorgueillit la responsable de ce laboratoire in vivo. «Nous recueillons 80.000 données par jour, soit 30 millions par an», détaille Mme Korboulewsky.

«Nous finissons d'installer les derniers équipements, mais des mesures ont été collectées depuis 2012, et déjà, nous avons constaté que le chêne est affecté par les sécheresses printanières, tandis que le pin souffre de stress hydrique plutôt en été», révèle-t-elle. «C'est une piste pour expliquer la meilleure productivité des peuplements mélangés dans certaines conditions», avance-t-elle.

De même, alors que les populations de cerfs, chevreuils et sangliers ont augmenté «de façon exponentielle» depuis 40 ans, l'étude a d'ores et déjà mis en lumière l'effet «très notable et positif sur la régénération de la forêt des enclos excluant les herbivores», ajoute la scientifique.

Scruter la forêt a aussi permis de détecter la présence d'une mousse jusqu'ici non répertoriée dans la région: «C'est une espèce suspectée d'être en lien avec le changement climatique», relève Marion Gosselin, ingénieur en écologie forestière à l'Irstea.