COP21: Les «égoïsmes nationaux» reprennent le dessus à 24h de la fin des négociations

CLIMAT Dans la nuit de jeudi à vendredi, certains pays ont durci leurs positions…

Au Bourget, Audrey Chauvet

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Laurnet Fabius à la tribune de la COP21, le 9 décembre 201
Laurnet Fabius à la tribune de la COP21, le 9 décembre 201 — : Francois Mori/AP/SIPA

Ils sont bien loin les discours passionnés des 150 chefs d’Etat qui étaient venus au Bourget prêcher la bonne parole climatique pour l’ouverture de la COP21. Après la parution de l’avant-dernière version de l’accord visant à limiter le réchauffement climatique ce jeudi à 21h, les négociateurs ont passé la nuit à défendre bec et ongles leurs dernières « lignes rouges » et certains pays ont eu gain de cause. Ce vendredi matin, le constat est clair : les intérêts nationaux ont pris le pas sur l’intérêt collectif.

La Chine et l’Inde montent au front

« Nous sommes dans un moment d’affirmation des égoïsmes nationaux, réagit Yannick Jadot, député européen EELV. Ce moment existe dans toutes les COP. » Durant la nuit, les « lignes rouges » de chaque pays sont devenues difficiles à franchir malgré les efforts de la présidence française pour trouver des compromis : « La Chine ne voulait pas que les cycles de révision des ambitions soit aussi précis, l’Inde lui a emboîté le pas et surtout les pays pétroliers sont revenus à la charge sur la mention du prix du carbone dans l’accord », explique Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH).


Pékin s’est en particulier opposé à une révision rapide des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « La Chine ne veut pas qu’on lui dise quoi faire et quand le faire », résume Célia Gautier, chargée de mission au Réseau Action Climat (RAC). Dans son INDC, sa contribution à la baisse globale des émissions de gaz à effet de serre, Pékin prévoit de continuer à augmenter ses émissions de CO2 jusqu’en 2030. Quant à l’Inde, elle ne veut pas revoir de sitôt ses engagements de réduction, « car elle n’est pas sure d’en avoir les capacités techniques et financières », estime Célia Gautier.

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La bataille des 1,5°C perdue d’avance ?

Le problème, c’est que l’objectif ambitieux, et désormais acté, de limiter le réchauffement climatique à 2°C voire 1,5°C est impossible à atteindre si on n’agit pas urgemment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre : « Si on reste sur les INDC actuelles, selon lesquelles les émissions seront plus importantes en 2030 qu’aujourd’hui, on aura perdu la bataille des 1,5°C car la quantité de gaz à effet de serre émises d’ici là rendrait impossible l’atteinte de cet objectif, même si on passait à zéro émissions après 2030 », commente Jean Jouzel, climatologue et membre du Groupe d’experts intergouvernemental pour le climat (Giec).

Du côté de Ryad, c’est le prix du carbone qui posait problème. L’Arabie saoudite, « sous le prétexte fallacieux que cela créerait une taxe supplémentaire sur son économie », d’après Matthieu Orphelin, est parvenue à faire retirer l’article qui aurait, pour la première fois, attesté du fait que tous les Etats du monde reconnaissaient l’utilité d’instaurer un prix du carbone pour inciter les acteurs économiques à basculer vers une économie « décarbonée ». Mais Ryad n’est plus la seule à freiner des quatre fers durant ce sprint final : « L’Arabie saoudite endosse le rôle du bad guy mais derrière elle se cachent de nombreux pays qui ne veulent pas que ça avance», rappelle Célia Gautier. Les pays pétroliers et la Russie, dont la contribution en trompe-l’œil ne prévoit pas en réalité de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, sont parmi ceux qui font patiner l’accord.

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Allo Pékin, c’est François Hollande

Difficile de savoir si les entretiens bilatéraux qui seront menés toute la journée par la présidence française de la COP21 parviendront à assouplir ces positions. « Si les mots ont un sens, et si j’en crois la somme d’expressions qui a été prononcée à l’ouverture de la COP21, il s’agit bien ni plus ni moins des conditions d’existence de l’avenir de l’humanité. Alors plutôt que de sans cesse opposer nos responsabilités, peut-être pouvons-nous les additionner », déclarait pieusement Nicolas Hulot ce vendredi matin. Les dernières lignes rouges risquent de ne pas s’assouplir grâce au sens des responsabilités de chacun mais par des coups de fil entre chefs d’Etat pour mettre fin aux atermoiements.