Déchets, chauffage, transports… La COP21 est-elle vraiment écolo ?

CLIMAT 27.000 personnes rassemblées pendant 15 jours, ça émet forcément du CO2…

Au Bourget, Audrey Chauvet

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A l'entrée d'un auditorium de la COP21, le 2 décembre 2015 au Bourget
A l'entrée d'un auditorium de la COP21, le 2 décembre 2015 au Bourget — DOMINIQUE FAGET AFP

Beaucoup de CO2 pour rien ? Réunir près de 30.000 personnes venues en avion du monde entier, les héberger, les transporter, les faire manger, ça émet forcément beaucoup de dioxyde de carbone. La COP21, dont l’objectif est de limiter les émissions de gaz à effet de serre, serait-elle paradoxalement un événement polluant 20 Minutes est allé faire le tour du propriétaire pour mesurer l’impact carbone de la conférence sur le climat.

Voyage, voyage… 

« Faire une COP par visioconférence, ce serait compliqué avec 196 pays. Les gens ont besoin de se rencontrer » : Marc Strauss, en charge du développement durable et de la logistique de la COP21, sait bien que pour arriver au Bourget, certaines délégations ont parcouru des milliers de kilomètres en avion. Mais les émissions de CO2 liées à ces voyages peuvent être compensées grâce à une plateforme mise en place par les Nations unies : pour des prix allant de 1 à 4 dollars la tonne de CO2, les volontaires peuvent financer des projets de reforestation, de biomasse ou d’énergies renouvelables dans les pays en développement.

« Si je viens de Washington, j’ai émis deux tonnes de CO2, donc je dois payer entre 2 et 8 dollars pour compenser mon voyage », explique la jeune femme qui tient le guichet « compensation carbone » sur le site du Bourget. En revanche, elle n’est pas encore en mesure de nous dire combien de délégués ont pris cette initiative…

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Trois kilomètres à pied…

Une fois en région parisienne, les délégués doivent se rendre sur le site du Bourget : les organisateurs de la COP ont tout fait pour éviter que les délégations arrivent en voiture. « La délégation allemande s’est installée dans un hôtel situé à un endroit où il est facile pour eux de prendre le RER », se félicite Pierre-Henri Guignard, secrétaire général à l’organisation de la COP21.

De fait, les 70 navettes hybrides de la RATP reliant le site de la conférence à la gare du RER du Bourget ou à la ligne 7 du métro sont tout le temps pleines. Les délégués se sont même vus offrir un Pass Navigo pour les inciter à délaisser la voiture. Pour les récalcitrants, 200 véhicules électriques avec chauffeur ont été mobilisés. Pierre-Henri Guignard utilise ainsi une Zoé mise à disposition par Renault. Tout ça marche très bien, sauf quand les routes sont exceptionnellement fermées pour laisser passer des cortèges officiels.

Pas d’entrecôte pour le climat

Des crêpes, un sandwich à la raclette, des recettes de chefs en bocaux, un jambon beurre… A la COP21, on se nourrit aussi écolo que possible : « Les plats ont été composés pour que la viande soit en moindre proportion et 30 % de l’offre est végétarienne, explique Pierre-Henri Guignard. Les produits sont sourcés aussi localement que possible et respectent la saisonnalité. » Il a fallu pour cela convaincre les prestataires déjà installés sur le site du Bourget (Elior et Horeto) de revoir leur carte : les prix ont été négociés à la baisse et les différents régimes alimentaires devaient être représentés. Le pain, symbole universel de la France, est fabriqué sur place.

In bed with la planète

Les délégués garderont-ils la même serviette de toilette pendant toute la durée de la COP21 ? Les organisateurs l’espèrent : « 73 % des chambres utilisées répondent à des critères de développement durable, assure Pierre-Henri Guignard, qui espère ainsi entraîner l’hôtellerie parisienne dans une démarche de certification. Le groupe Accor (hôtels Ibis, Mercure, Sofitel, Novotel…) s’est ainsi engagé à compenser les émissions de CO2 de 150.000 chambres, soit 9.000 tonnes, en plantant 27.000 arbres au Pérou, dans un partenariat avec Pur Projet. « Nous compensons pour l’ensemble des nuitées des participants à la COP, pas seulement celles effectuées dans les hôtels du groupe », précise-t-on chez Accor.

COP en kit

Les salles plénières, le bureau de Laurent Fabius, les stands des associations… Tout sera démonté et recyclé. La grande salle plénière de 2.000 places, fabriquée avec 900 arbres du Jura, sera réutilisée « soit par le maire du Bourget, qui aimerait la garder sur sa commune, soit dans les locaux des Nations unies en Allemagne », détaille Pierre-Henri Guignard. Le groupe Ikea, qui a prêté 7.000 meubles, redonnera canapés, lampes ou fauteuils à des associations.

Ca chauffe au Bourget

Coup de chance ou effet du réchauffement climatique, ce début décembre est relativement doux à Paris : la chaudière flambant neuve offerte par Engie n’a pas besoin de tourner à plein régime. « Elle consomme 20 % de biogaz en moins que la précédente », note Pierre-Henri Guignard. Les salles plénières, construites de toutes pièces, ont été isolées du froid : une bâche, de la mousse et de la laine de roche évitent les déperditions de chaleur.

Mais lundi dernier, quand les 150 chefs d’Etat ont défilé pour serrer la main à François Hollande, n’est-ce pas un horrible petit chauffage d’extérieur que l’on a vu au-dessus du tapis vert ? « Il fallait bien veiller à ce que les chefs d’Etat n’attrapent pas froid, concède Pierre-Henri Guignard. Surtout ceux qui sont restés trois heures dehors… » Ban Ki-atchoumoon le remercie.

Crottin composté

Sur le site du Bourget, la sécurité est maximale. La police a donc mobilisé ses meilleures troupes, et même celles à cheval. Le problème, c’est qu’un cheval, ça crotte partout. « Le crottin est ramassé et composté avec les autres biodéchets », rattrape Pierre-Henri Guignard. Les déchets organiques des restaurants (restes de nourriture, déchets de préparation…) ainsi que ceux collectés dans les poubelles et triés sont soit transformés en engrais (compostés) soit méthanisés, c’est-à-dire transformés en énergie.

Le centre de tri des déchets du Bourget pour la COP21. (A.Chauvet/20Minutes)

Un centre de tri a été installé sur le site du Bourget pour que les 5 tonnes de déchets quotidiennes soient revalorisées : les plastiques, papiers, cannettes et autres déchets sont envoyés vers les filières de recyclage appropriées.

Sur le site de la COP21, des conseillers aident les visiteurs à mettre leurs déchets dans la bonne poubelle. (A.Chauvet/20Minutes)

Des milliers de gourdes

A la COP21, on compte beaucoup de gourdes : dès leur arrivée, on remet aux participants un kit de bienvenue comportant une gourde Gobi qui permet de boire l’eau des fontaines installées par le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (SEDIF). Dans les points de restauration, le café est servi dans des gobelets consignés.

Pierre-Henri Guignard fait une démonstration de gourde. (A.Chauvet/20Minutes)

Bilan carbone

L’heure de l’addition a sonné. 27.000 personnes accréditées + 15 jours de conférence = environ 21.000 tonnes de CO2, plus que le Paris-Dakar… Mais ce chiffre est encore estimatif et il pourrait s’améliorer si les températures restent douces jusqu’à la fin de la semaine, le chauffage étant le poste le plus lourd du bilan carbone. De toute façon, toutes les émissions de la COP21 seront compensées par le financement de projets de reforestation et d’énergies renouvelables au Pérou ou dans d’autres pays.

Combien ça coûte ?

Le budget total de l’organisation de la COP21 est de 187 millions d’euros. Ca paraît énorme mais ça représente moins par jour et par délégué qu’un sommet du G7 ou du G20, assure Pierre-Henri Guignard,  qui se félicite d’avoir « économisé un million d’euros en revoyant à la baisse les exigences d’hébergement des personnels de l’ONU qui sont à la charge de la France ». Les autres délégués ont eux payé de leur poche leur voyage et leur hébergement.