Climat: que faire pour ceux qui ont tout perdu?

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Une villageoise pakistanaise devant les ruines de sa maison sur l'île de Kutubdia, à quelque 330 kms de Dhaka, le 20 novembre 2015
Une villageoise pakistanaise devant les ruines de sa maison sur l'île de Kutubdia, à quelque 330 kms de Dhaka, le 20 novembre 2015 — MUNIR UZ ZAMAN AFP

Que faire pour un berger du Sahel victime de sécheresses répétées ou pour un habitant de Kiribati obligé de quitter son île face à la montée des eaux ? Les pays vulnérables ne repartiront pas de la conférence sur le climat sans avoir inscrit la question dans l'accord de Paris.

Dans le jargon des négociations, le sujet est appelé «pertes et dommages»: «quand l'adaptation (systèmes d'alerte météo, semences agricoles différentes, digues, etc) n'est plus possible, on est dans les pertes irréversibles et dans les dommages», explique à l'AFP Pierre Cannet, de WWF.

Bétail mort de soif, manque d'eau pour l'irrigation, habitats côtiers balayés par la montée des eaux: ces phénomènes déjà constatés dans de nombreuses régions du monde vont prendre de l'ampleur.

D'où la détermination des plus vulnérables à ce que le sujet soit à l'agenda des discussions. En face, les pays développés, Etats-Unis en tête, ont été très réticents à l'aborder.

Signe de la tension autour de ce thème: au cours de la première semaine de la COP, et contrairement aux autres chapitres de l'accord, «il n'y a pas eu de groupe de travail formel sur le sujet», indique Sven Harmeling de Care international.

Mais «si la question des +pertes et dommages+ n'est pas traitée de manière adéquate, il n'y aura pas d'accord à Paris», a lancé jeudi Pa Ousman Jarju, le ministre de l'Environnement de Gambie.

Même fermeté affichée par les petits Etats insulaires, très exposés aux impacts du réchauffement: «la montée des eaux, l'acidification des océans, le blanchiment des coraux et d'autres changements permanents et irréversibles sont un fait pour nous aujourd'hui et ils ne feront qu'empirer», a déclaré samedi à l'AFP Thoriq Ibrahim, ministre de l'Environnement des Maldives et président de l'Alliance des petits îles. «Voilà pourquoi les pertes et dommages sont une ligne rouge pour nous».

Entre les deux déclarations faites à 48 heures d'intervalle, la donne a évolué.

- Main tendue des Etats-Unis -

«Les Américains ont tendu la main, ils ont accepté que le sujet figure dans le nouveau projet d'accord», raconte Alix Mazounie de l'ONG Réseau action climat. «Il y a eu beaucoup de discussions dans les couloirs», ajoute-t-elle.

Mardi, la rencontre à Paris entre le président Barack Obama et les dirigeants de plusieurs Etats insulaires (Kiribati, Marshall, Papouasie-Nouvelle Guinée, Sainte-Lucie, Barbade) a sans doute préparé le terrain à un début de compromis.

«Certains de ces pays pourraient complètement disparaître», avait-il déclaré, en appelant à entendre leurs voix dans les négociations.

En échange de l'inscription du sujet dans le projet d'accord, la notion de responsabilité («liability» en anglais) a été retirée.

«Il y a une chose que nous n'accepterons pas, c'est la notion de responsabilité et de dédommagement», a redit vendredi Todd Stern, le négociateur américain.

«La question à résoudre est donc de déclencher des financements mais sans que ce soit un dédommagement au sens juridique», explique Pierre Cannet (WWF).

Abonder un fonds spécifique, permettre l'accès à des assurances, gérer les déplacés climatiques ? Ce type de mesures concrètes ne sera vraisemblablement pas décidé à Paris.

«L'important, c'est que le sujet +pertes et dommages+ ne soit pas ignoré dans l'accord, qu'il soit reconnu et qu'il soit discuté» dans les prochaines années, explique Alix Mazounie.

Dans le texte, sur lequel vont plancher cette semaine les ministres, il est question de prolonger le mécanisme de Varsovie issu de la conférence climat de 2013. Il a mis en place un dialogue entre les pays sur la gestion des risques et prévoit de façon vague un soutien accru, notamment financier.

Le projet d'accord de Paris mentionne aussi la création d'une instance dédiée aux déplacements de population dus aux changements climatiques.

En moyenne, quelque 26 millions de personnes ont été chassées de chez elles chaque année entre 2008 et 2014 par des phénomènes climatiques, selon l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), une ONG norvégienne.

«On l'a vu dans leurs discours du premier jour, les chefs d'Etat reconnaissent aujourd'hui que c'est l'une des conséquences les plus importantes du changement climatique», a relevé à la COP21 Walter Kaelin, professeur de droit et spécialiste des questions migratoires. «Mais, constate-t-il, ça bloque dès qu'il s'agit de le reconnaître formellement dans le texte».