Salles de méditation, badges roses, hélicos... Dans les coulisses de l’ouverture de la COP21

REPORTAGE « 20 Minutes » a arpenté les allées de la conférence sur le climat pour vous faire découvrir tous ses petits secrets…

Envoyée spéciale au Bourget, Audrey Chauvet

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Le site de la COP21 au Bourget, le 30 novembre 2015.
Le site de la COP21 au Bourget, le 30 novembre 2015. — A.Chauvet/20Minutes

Barack, Vladimir, François… Il n’y en avait que pour eux aujourd’hui. Mais Nina, Kishan et Jon Petter, personne n’en parle, alors que ce sont eux qui vont faire cette COP21, la conférence des Nations unies sur le climat qui a ouvert ce lundi au Bourget (Seine-Saint-Denis).

Journée de gala sous sécurité maximale

Cette première journée était spéciale : une journée de gala pendant laquelle plus de 150 chefs d’Etat et de gouvernement ont défilé pour présenter les contributions de leurs pays en vue d’un accord mondial limitant le réchauffement climatique à 2 °C. Forcément, autant de beau monde à Paris, ça met un peu la pression aux autorités : interdiction de circuler sur les axes empruntés par les cortèges officiels et renforcement des transports en commun. Dès 6 h, les premiers participants sont arrivés au Bourget pour éviter des files d’attente interminables aux contrôles de sécurité. Finalement, tout le monde est passé sans attendre, les équipes de sûreté ayant fait chauffer les portiques.

La sécurité, c’était bien le souci principal : les cars de police étaient très nombreux autour du site et des hélicoptères ont survolé le centre de conférences toute la journée. Mais une fois à l’intérieur, dûment muni de son badge, on ne rencontrait plus aucun flic dans les allées.

Des hélicos ont survolé le site de la COP21 toute la journée (A.Chauvet/20 Minutes).

Qui veut un bout de salle plénière pour se faire une cabane ?

Durant la matinée, les chefs d’Etat ont pris la parole les uns après les autres, mais l’accès aux salles plénières était bouclé. Les journalistes, arrivés massivement en salle de presse, ont donc soit filmé des écrans de retransmission, soit fait la queue (longtemps) pour des cafés.

>> A « 20 Minutes », on a le cœur à l’ouvrage, alors on a livé toute la journée : tous les événements de ce lundi à revivre par ici

Evidemment, au Bourget, les cafés se boivent dans des gobelets consignés (1 euro) et l’eau provient de fontaines où l’on remplit sa gourde. Evidemment, au Bourget, les bâtiments sont en bois français qui sera réutilisé. Evidemment, au Bourget, les délégués venus des quatre coins du monde en avion ont la possibilité de compenser leurs émissions de carbone en allant au guichet dédié.

« Le problème des transports a été compliqué, admet Pierre-Henri Guignard, secrétaire général à l’organisation de la COP21. Quelques délégués ont été retardés ce matin, mais pour le reste, ça tient », confie-t-il, modeste. « Les gens apprécient beaucoup que l’empreinte carbone de la conférence soit la plus basse possible, notamment avec une architecture recyclable. »

Négociateur pas commode

A 13 h 45, François Hollande a demandé à tout le monde de se mettre à table. Alors, on a obéi. Malgré les nombreux restaurants du site, il faut être très patient pour manger un sandwich. Comme ce groupe de délégués qui a erré longtemps avant de trouver une place assise. Ça tombe bien, ils s’assoient à côté de nous. Au Bourget ce lundi, rencontrer un négociateur, un vrai, un de ceux qui va dire des phrases comme « Nous ne pouvons pas accepter que la virgule de l’alinéa 3 paragraphe 2 chapitre 5 soit remplacée par un point » ou « This is provocation, you want me go back to my plane ? », relevait du miracle. « On est en train de manger là, on peut pas parler en même temps », me lance toutefois le diplomate (?), seulement armé d’une banane et d’un muffin.

Heureusement, son acolyte est plus conciliant entre deux feuilles de salade : « Ça fait vingt ans que je fais des COP, nous confie Kishan Kumarsingh, arrivé la nuit dernière de Trinité-et-Tobago. Cette année, c’est encore plus significatif car c’est l’aboutissement de plusieurs années de négociations. » Malheureusement, il n’a aucun scoop à nous donner sur l’avancement des pourparlers car « aujourd’hui, on écoute les leaders et nous utiliserons leurs discours comme guide pour les négociations, qui commenceront demain. »

Siestes, charme latin et retour à pied

S’il n’y avait qu’un reproche à faire à l’organisation de la COP21, c’est qu’il manque clairement un espace sieste. En début d’après-midi, certains piquent du nez, fatigués par une nuit passée dans l’avion. Certes, il y a des espaces méditation, mais sans coussins.

#lafatigue (A.Chauvet/20 Minutes)

Ne pas confondre. (A.Chauvet/20 Minutes)

Du côté de la « zone bleue », on croise beaucoup de gens munis de leur badge rose « Party ». Ça ne veut pas dire qu’ils organisent des fêtes, mais qu’ils font partie des délégations officielles. Mais attention, parmi ces badges, tous ne sont pas négociateurs : il y a ceux qui tiennent le stand du pays (on soupçonne d’ailleurs certains d’avoir recyclé les stands de l’Expo universelle de Milan), ceux qui tiennent les registres, ceux qui tiennent les murs…

Le stand de l’Inde, le clou du spectacle avec ses jets d’eau. (A.Chauvet/20 Minutes)

Il y a aussi ceux, nombreux, qui sont venus pour faire du lobbying comme Jon Petter Gintal, magnifiquement vêtu d’un habit traditionnel lapon. « Je représente le peuple sami, nous venons faire pression sur les politiciens pour que les droits des peuples indigènes, leurs traditions, leur connaissance de la nature, soit inclus dans l’accord », nous explique-t-il.

Les traditions lapones. (A.Chauvet/20 Minutes)

Dans les allées, on croise aussi des chefs de gouvernement glamour ou des Prix Nobel de la paix.

Dehors, Nina fume une cigarette. Elle aussi a un badge rose, mais c’est sa première COP et elle n’ose pas trop nous parler. Elle fait partie de la délégation norvégienne et participera aux négociations. Mais on en parlera demain, nous promet-elle. On remballe donc nos petites affaires et on se dirige vers la navette qui doit nous ramener au RER. Sauf que non. Bon. Ça ira mieux demain.