COP21: «Je ne veux pas de voiture car c’est polluant et surtout c’est une source d’emmerdes»

TEMOIGNAGE Pendant toute la durée de la COP21, « 20 Minutes » vous propose de découvrir des solutions concrètes pour diminuer les émissions de CO2 et s’adapter aux changements climatiques…

Audrey Chauvet

— 

Ludovic et son vélo-cargo dans les rues de Drancy (Seine-Saint-Denis).
Ludovic et son vélo-cargo dans les rues de Drancy (Seine-Saint-Denis). — L.Bu

« J’ai eu mon permis à 16 ans, j’en ai 43 aujourd’hui et je n’ai jamais eu de voiture ». Ludovic n’est pas une exception en Ile-de-France, où un tiers des ménages ne possède pas de voiture. A l’échelle nationale, la vie sans voiture est plus rare : plus de 90% des ménages habitant en zone rurale ont un véhicule.

Pourtant, Ludovic n’habite pas dans Paris intra-muros, n’est pas célibataire et ne fait (presque) pas de vélo : il vit à Drancy (Seine-Saint-Denis), a un bébé et travaille ponctuellement en région parisienne. « Je ne veux pas de voiture car c’est polluant et surtout c’est une source d’emmerdes : ça coûte cher, on peut se la faire voler, il faut la réparer, je n’y connais rien et ça ne m’intéresse pas », explique-t-il.

>> Bruit, pollution, accidents… Les coûts cachés des voitures représentent 750 euros par an pour chaque Européen

Aller au travail

 « Il y a quelques années, je travaillais près de la place de la Bourse, à Paris, explique Ludovic. Je passais 1h30 par jour dans les transports, ce qui est raisonnable pour un Parisien… » Il y a deux ans, il a choisi de devenir consultant indépendant et a installé son bureau à la maison. Eviter le temps de transport « a joué une petite part dans la décision » mais n'a pas été le critère décisif, assure-t-il. « En ce moment je suis en mission à Cergy Pontoise, j’ai demandé une voiture à l’entreprise car j’aurais eu 2h30 de transports par jour… »

Aller d’une banlieue à une autre reste le plus compliqué en région parisienne. Mais même pour aller au centre de Paris, Ludovic devait subir les aléas du RER B : « J’ai estimé que 66% du temps, il y avait des problèmes plus ou moins importants sur la ligne. Heureusement, je n’avais pas de contraintes horaires pour le boulot.» Cette flexibilité a changé avec l’arrivée de bébé : « On ne peut plus se soumettre au côté aléatoire des transports en commun quand on doit aller chercher son bébé à la crèche à une heure précise.»

Avoir un bébé

Plutôt que d’acheter une voiture « familiale », Ludovic a préféré adapter son mode de vie : « Le plus compliqué avec l’arrivée du bébé a été d’aller acheter le lit, mais sinon on a pu s’organiser : on a loué des voitures de temps en temps, on a pris des Autolib, et ma femme prend des taxis quand elle a besoin », explique-t-il.

Pour acheter le nécessaire pour le nourrisson, c’est aussi une organisation : « Je me fais livrer les packs d’eau minérale avec mes fournitures de bureau, ce qui ne génère pas plus de pollution car de toute façon le camion de livraison serait venu chez moi. Et pour les paquets de couches volumineux, j’ai acheté un vélo cargo. »

Faire les courses

Pour Ludovic et sa femme, la première expédition en voiture de location dans un hypermarché a été un choc. « J’en suis sorti dans un état de stress… », se souvient-il.  « C’est tellement immense. Nous n’avons pas besoin de choisir entre 30 camemberts différents ! Nous allons dans un supermarché plus petit à dix minutes à pied de chez nous et ça suffit. » Le volume des courses est forcément adapté à la force des bras pour les rapporter. « Une voisine adorable m’a un jour vu rentrer à pied avec des courses et s’est arrêtée en voiture pour me proposer de me ramener, raconte Ludovic. Je lui ai dit que je passais la journée assis devant un ordinateur, alors ça me fait du bien de bouger ! »

Partir en vacances

Avant d’avoir son bébé, Ludovic n’hésitait pas à entraîner sa femme dans des aventures non motorisées. Marseille, la Réunion, et « plus rock’n’roll » un trip à Venise et en Croatie sans voiture. « Nous avons pris le train de Paris à Venise, puis un ferry de Venise à la Croatie et ensuite un bus intérieur pour aller à Zagreb dont nous sommes revenus en train via Munich. Il n’y a qu’une seule visite d’un village que nous n’avons pas pu faire parce que nous n’avions pas de voiture. » L’arrivée en train dans Venise au petit matin a conquis sa femme, pas forcément très emballée au départ par l’aventure.

Cet été, Ludovic a emprunté la voiture de ses parents pour partir dans les Alpes. « Sur place, on aurait pu se passer de voiture, mais nous redoutions le trajet aller et retour depuis Paris avec la poussette, le siège-bébé, les valises… » Finalement, dans la station, la famille a utilisé la voiture « parce qu’on l’avait » mais ils auraient passé d’aussi bonnes vacances sans : « Nous aurions fait des randos accessibles à pied ou en bus. Ne pas avoir de voiture n’est ni une contrainte, ni une restriction, c’est autre chose. »