COP21: En manque d'électricité, l'Afrique du Sud doit trouver un nouveau modèle énergétique

REPORTAGE En Afrique du Sud, les centrales à charbon ne suffisent plus à assurer la consommation d’électricité du pays. Les énergies renouvelables peuvent-elles être une réponse?…

A Johannesburg et Cape Town, Audrey Chauvet

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La centrale à charbon de Lethabo, en Afrique du Sud.
La centrale à charbon de Lethabo, en Afrique du Sud. — Jodi Bieber/AFD

De notre envoyée spéciale en Afrique du Sud

« Ouvert même pendant les délestages » : certains restaurants d’Afrique du Sud ne misent pas sur leur carte ou sur la beauté du cadre pour attirer la clientèle, mais sur des générateurs d’électricité. Pour les habitants de Johannesburg, de Pretoria ou de Cape Town, c’est un argument de poids depuis que l’opérateur national d’électricité, Eskom, pratique régulièrement des « délestages » : quartier après quartier, l’électricité est coupée pour une ou plusieurs heures.

De vieilles centrales qui tombent en panne

C’est devenu la routine et pourtant, avant 2008, le pays ne manquait pas de courant : doté de 32 milliards de tonnes de charbon, le sous-sol sud-africain alimentait largement, et pour pas cher, les industries et les ménages. L’Afrique du Sud n’a donc pas hésité à mettre tous ses œufs dans le même panier : les 24 centrales à charbon du pays représentent 90 % de la production d’électricité nationale.

Le problème, c’est que ces centrales, âgées en moyenne de 35 ans, tombent de plus en plus souvent en panne et nécessitent plus de maintenance. Et le pays « n’a pas ajouté assez de capacités à temps » pour faire face à ce déficit de production, avoue Thomas Conradie, manager de la centrale à charbon de Lethabo, au sud de Johannesburg.

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L’éolien et le solaire encore timides

Pour assurer son alimentation en électricité, l’Afrique du Sud s’est timidement tournée vers d’autres sources d’énergie : hydroélectricité, gaz et une centrale nucléaire près de Cape Town viennent suppléer le charbon et allègent un peu le bilan carbone du pays, dont plus de la moitié des émissions de CO2 est due aux centrales à charbon.

C’est surtout l’atome qui est présenté comme la solution d’avenir : l’Afrique du Sud lancera un appel d’offres avant la fin de l’année pour s’équiper de 7 ou 8 centrales nucléaires, qui semble emporté d’avance par la Russie. Mais les médias et la population s’inquiètent du coût de l’atome dans un pays où la croissance est en berne depuis 2008.

Alors quelle solution ? Les énergies renouvelables ? L’Afrique du Sud ne manque ni de soleil, ni de vent. « Mais une éolienne ne produit que 5 mégawatts, il en faudrait des centaines. Il faut une énergie de base qui comble les moments sans vent », estime Thomas Conradie. Pourtant, Eskom affiche des ambitions écologiques pour 2030 : « A cette date, les énergies renouvelables représenteront 42 % des nouvelles capacités », chiffre Ayanda Nakedi, responsable des énergies renouvelables chez l’opérateur national.

Ayanda Nakedi, responsable des énergies renouvelables d’Eskom. (A.Chauvet/20Minutes)

L’éolien et le solaire passeront, selon ces objectifs, d’un minuscule 1 % de la consommation d’électricité du pays à 17 % en 2030. « Cela pourrait aider à limiter les délestages, mais ça ne les arrêtera pas », juge toutefois John Dean, directeur des opérations de la ferme éolienne de Sere, au nord-ouest du pays.

La ferme éolienne de Sere, au nord de Cape Town. (A.Chauvet/20Minutes)

Les 46 turbines ont beau tourner, les panneaux solaires ont beau faire chauffer l’eau des petites maisons des townships, l’Afrique du Sud semble encore douter de l’efficacité des énergies renouvelables et préfère croire en l’apparition de technologies permettant de faire du « charbon propre », par exemple avec de nouveaux systèmes de filtration des émissions. « Cela va coûter cher et le prix de l’électricité va augmenter », prévoit John Dean.

A chacun de prendre son énergie en mains

Le changement de modèle énergétique pourrait venir des entreprises, grosses consommatrices d’électricité, qui ne peuvent pas se permettre de payer des factures mirobolantes, ni d’arrêter leur chaîne de production lors des délestages.

Mohammed Adams a fait installer des panneaux solaires sur le toit de son usine à Cape Town. (A.Chauvet/20Minutes)

A Cape Town, Mohammed Adams fait tourner son usine de sauces alimentaires et de chocolat industriel grâce à des panneaux solaires installés sur son toit. « J’économise ainsi 20 à 30.000 rands par mois (entre 1.300 et 2.000 euros) », se félicite-t-il. Les 384 panneaux ont été en partie financés par un prêt bancaire adossé à une ligne de crédit de 53.300 euros accordée par l’Agence française de développement (AFD). Bon pour le climat, comme le revendique l’institution française, mais surtout bon pour le business, à entendre Mohammed Adams : « Cela m’aide à être plus compétitif car l’énergie est le coût le plus important ».

Des panneaux solaires sur le toit de l’usine HQFoods à Cape Town. (A.Chauvet/20Minutes)

Pour convaincre l’Afrique du Sud de se tourner vers les renouvelables, l’argument financier est bien plus puissant que l’écologie. « Aujourd’hui, le charbon devient de plus en plus cher à cause des normes environnementales qui sont revues à la hausse, explique Arthur Germont, directeur adjoint de l’agence de l’AFD à Johannesburg. L’éolien coûte moins cher et son potentiel est énorme ». L’AFD a ainsi financé la ferme éolienne d’Eskom à hauteur de 100 millions d’euros. Mais l’opérateur national compte bien laisser le secteur privé prendre l’initiative : « L’Afrique du Sud est en train de diversifier son mix énergétique mais Eskom aura de moins en moins d’importance dans le secteur des renouvelables », reconnaît Ayanda Nakedi. A chacun de prendre son énergie en mains.