Polluer, un passage obligé vers la croissance économique?

SOCIETE Pendant toute la durée de la COP21, 20 Minutes vous propose de découvrir des solutions concrètes pour diminuer les émissions de CO2 et s’adapter aux changements climatiques…

Audrey Chauvet

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Pic de pollution à Pékin, en Chine
Pic de pollution à Pékin, en Chine — Wang Zhao AFP

Les pays les plus riches sont aussi les plus gros pollueurs. Une fois ce constat fait, difficile de dire aux pays en développement qu’ils ne doivent pas reproduire le modèle que l’Occident a appliqué pendant des décennies.  Eux aussi ont le droit de rêver à des cheminées d’usine crachant de la fumée noire, à des voitures plein leurs garages et à des réfrigérateurs remplis à ras bord d’aliments industriels. Difficile également, pour les pays développés, de prendre le risque de remettre ce modèle en cause. Et les emplois ? Et le PIB ?

Alors que le monde se réunit à Paris pour trouver un accord visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, il n’est pas certain que les esprits soient prêts pour le grand saut dans l’économie « bas carbone ». « Globalement, depuis le rapport Stern en 2006, les économistes s’accordent à dire qu’il faut investir le plus tôt possible dans les technologies permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre et éviter des coûts beaucoup plus importants dans l’avenir », explique Olivier Chanel, chercheur en économie au CNRS. « Mais concrètement il n’y a pas d’incitation à réduire la pollution. »

Des emplois avant la planète ?

En théorie, on sait donc que dans quelques années, l’inaction nous coûtera très cher. Un peu comme si on attendait d’avoir plusieurs dents qui tombent pour aller chez le dentiste au lieu de consulter à la première carie. Le problème, c’est qu’une taxe carbone, des droits à polluer ou d’autres mesures qui pourraient obliger les pays pollueurs à revoir leurs pratiques font toujours planer la crainte d’une distorsion de concurrence. « Si la décision n’est pas prise au niveau mondial, elle défavorisera forcément les entreprises qui y seront soumises », poursuit Olivier Chanel.

L’argument des emplois avant la planète fait mouche dans des économies en crise. « On a du mal à s’émanciper de cette conception du développement économique fondé sur les énergies fossiles, estime Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS et co-auteur de De quoi est fait mon pull ? Pas à pas vers l’écocitoyenneté (éd. Actes Sud). L’ère industrielle continue à faire sens, c’est une économie concrète, que l’on connaît, et on peut avoir peur de basculer dans l’inconnu. » Les mentalités évoluent lentement, reconnaît la sociologue, même si aujourd’hui « l’idée que les énergies renouvelables peuvent créer de l’emploi commence à se diffuser car on a vu concrètement apparaître des parcs éoliens, des panneaux solaires, la géothermie… »

La voiture n’a plus la classe

Parallèlement, l’image de la richesse se modifie. L’ « American way of life », qui avait séduit les générations sortant d’années de pénurie n’a clairement plus la cote. « Quand on interviewe les jeunes, la voiture par exemple ne symbolise plus autant qu’autrefois la réussite sociale, constate la sociologue. D’une part parce qu’il existe des alternatives comme les transports collectifs, l’auto-partage ou le vélo qui peuvent être satisfaisantes, et d’autre part parce que l’idée se diffuse que le développement économique ne passe plus forcément par la consommation illimitée. » Reste à savoir si les pays émergents, qui pèsent lourd dans les émissions de gaz à effet de serre mondiales, adopteront cette nouvelle vision de la richesse.