COP21: Que feraient les pays en développement des 100 milliards de dollars qu’ils réclament?

REPORTAGE Pour s’adapter au changement climatique, les pays du Sud demandent 100 milliards de dollars par an dès 2020 aux pays développés. Qu’en feront-ils?...

A Cape Town et Durban (Afrique du Sud), Audrey Chauvet

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Ayanda Nakedi, responsable des énergies renouvelables chez l’opérateur national d’électricité sud-africain Eskom.
Ayanda Nakedi, responsable des énergies renouvelables chez l’opérateur national d’électricité sud-africain Eskom. — Jodi Bieber/AFD

De notre envoyée spéciale en Afrique du Sud

C’est le nerf de la guerre contre le réchauffement climatique : les 100 milliards de dollars réclamés par les pays en développement pour s’adapter au changement climatique et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre seront certainement la pierre d’achoppement des négociations lors de la conférence des Nations unies sur le climat à Paris.

Ces 100 milliards, qui seraient versés chaque année à partir de 2020, sont encore loin d’être rassemblés: selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 des pays développés vers les pays en développement pour le climat. Pour atteindre la centaine de milliards, la France s’est engagée à augmenter ses financements de 3 milliards d’euros par an à 5 milliards en 2020 en augmentant la capacité d’octroi de prêts de l’Agence française de développement (AFD). Mais que vont faire les pays en développement de cet argent ?

Des éoliennes grâce à un prêt français

En Afrique du Sud, 50% des financements de l’AFD sont comptabilisés dans l’enveloppe climat. Les éoliennes qui tournent à quelques 300km au nord de Cape Town ont ainsi pu être érigées grâce à un prêt français de 100 millions d’euros. « En 2006, Eskom a voulu construire une ferme éolienne d’une capacité de 100 mégawatts, explique Ayanda Nakedi, responsable des énergies renouvelables chez l’opérateur national d’électricité sud-africain. Mais nous avons du stopper le projet par manque de financements. » Eskom s’est alors tourné vers la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et, entre autres, l’AFD pour réunir les 2,5 milliards de rands (environ 164 millions d’euros) nécessaires à la construction de la ferme.

La ferme éolienne de Sere, au nord de Cape Town, en Afrique du Sud. (A.Chauvet/20Minutes)

L’agence française a prêté 100 millions d’euros qui ont permis de commander à Siemens un parc éolien de 46 turbines produisant 26 gigawatts heure. Mais aujourd’hui, Eskom parie plutôt sur le solaire. « Trois nouvelles centrales photovoltaïques sont en construction, chiffre John Dean, directeur des opérations de la ferme éolienne. Pour atteindre les 17% de renouvelables dans le pays en 2030, nous misons uniquement sur des technologies qui ont fait leurs preuves. »

Les tissus ont une seconde vie

Les entrepreneurs privés s’aventurent plus facilement dans les nouvelles technologies. A Durban, au sud du pays, Gary Erasmus et Michael Shannon sont des pionniers dans le recyclage du textile. Grâce à l’appui de l’AFD, ils ont créé la première usine du pays pour recycler les chutes de l’industrie textile locale. « Ici, les déchets industriels sont soit brûlés soit mis en décharge avec de lourdes conséquences pour l’environnement, explique Gary Erasmus. Nous avons pensé récupérer ces déchets pour en refaire de la fibre utilisable. »

Michael Shannon dans l'entrepôt où sont stockées les chutes de textile à recycler. (A.Chauvet/20Minutes)

Dans l’usine, d’immenses ballots de tissu sont fondus pour connaître une seconde vie : les fibres recyclées deviennent des tissus d’isolation pour les voitures, des matelas et sommiers, des mousses d’ameublement ou des isolants pour le bâtiment. « Nous ne produisons aucun déchet et nos seules émissions de CO2 sont liées  à notre consommation d’électricité, que nous avons diminué de 40% grâce à notre nouvelle ligne de production », se félicite Michael Shannon.

« Dans le business, c’est l’argent qui compte »

Le financement de l’AFD reste crucial pour le développement des technologies propres en Afrique du Sud. « Les énergies renouvelables, tout le monde en parle mais dans le business, c’est l’argent qui compte, lâche Paul Gorremans, directeur de l’entreprise Sustainable heating. Les banques commerciales ne veulent pas financer des projets de renouvelables et les entreprises s’en fichent si cela ne leur fait pas économiser d’argent. »

La chaufferie biomasse est dans l'enceinte de l'usine du boulanger industriel Sasko, à Cape Town. (A.Chauvet/20Minutes)

Ce belge débarqué à Cape Town a lancé son entreprise de chaufferie à biomasse grâce à un prêt de 1 million d’euros garanti par l’AFD. Aujourd’hui, il vient admirer le fourneau installé dans la boulangerie industrielle Sasko, qui a opté pour cette solution afin de remplacer deux onéreuses chaudières à gaz. Alimentée par des copeaux achetés à une scierie voisine, la chaudière à bois a permis d’économiser 1.735 tonnes de CO2 depuis mai 2014, soit l’équivalent de 14.500km en voiture diesel. « Notre objectif est d’équiper 150 entreprises en Afrique du Sud », prévoit Paul Gorremans. Les financements qui pourraient affluer vers les pays en développement si la COP21 parvient à un accord seraient une aide substantielle pour les entreprises souhaitant elles aussi se mettre au vert.