Les sacs plastique, une espèce de pollution en voie de disparition

CONSOMMATION Pendant toute la durée de la COP21, « 20 Minutes » vous propose de découvrir des solutions concrètes pour diminuer les émissions de CO2 et s’adapter aux changements climatiques…

Audrey Chauvet

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Un ballon flottant géant en sacs plastique, œuvre créée par Tomas Saraceno.
Un ballon flottant géant en sacs plastique, œuvre créée par Tomas Saraceno. — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Charly n’a pas son pareil pour faire des cornets de crevettes. Ce poissonnier, installé rue Oberkampf dans le 11e arrondissement de Paris, n’a pas oublié les gestes appris à ses débuts : « On prend un papier glacé et on fait un cône qu’on ferme bien en bas : il n’y a pas de fuites », assure-t-il. Pour ses crevettes, bulots et moules, comme pour ses maquereaux et dorades, Charly a banni les sacs plastique : « Nous emballons le poisson dans du papier glacé et du papier kraft, et si le client n’a pas de cabas, nous donnons des sacs en papier », explique le poissonnier engagé.

Charly, l'artisan-poissonnier, utilise des cornets en papier au lieu des sacs plastique. (A.Chauvet/20Minutes)

Depuis un an, Charly chante les mérites de l’abandon du plastique à ses clients et aux autres commerçants : « Les clients jouent le jeu, ils viennent avec leur sac. Je n’ai pas perdu de clientèle, au contraire ! », assure le poissonnier. Mais il est « un peu en colère » contre les autres commerçants de sa rue, qui n’ont pas suivi le mouvement de sa poissonnerie « avant-gardiste ». Ils vont pourtant être obligés de se mettre au pas : à partir de 2016, les sacs plastique à usage unique seront interdits dans tous les commerces. Lors du vote de la loi en octobre 2014, la mairie de Paris avait déclaré vouloir aller encore plus vite. Mais à la mi-octobre 2015, force est de constater que sur les marchés parisiens, les sacs plastique sont toujours là.

Des sacs pour mettre les crottes du chat

Ce mardi matin, sur le marché du boulevard Richard Lenoir (Paris 11e), les avis sur les sacs plastiques sont aussi bigarrés que les étals. Annette, la poissonnière, est favorable à une interdiction des sacs à usage unique : « Un client qui prend 100 grammes de crevettes, on lui donne un sac pour les emballer et un autre à poignées pour le transport : c’est de l’énergie gaspillée, c’est quand même du pétrole ». Sa cliente acquiesce : « Si les commerçants ne donnaient plus de sacs, je viendrais avec le mien ». « On peut s’en passer, renchérit Annette. Dans le temps, on n’en avait pas et on a survécu », sourit-elle.

Un peu plus loin, Jean-Luc n’est pas du tout de cet avis. « Interdire de donner des sacs, c’est de la connerie, fulmine le vendeur de fruits et légumes qui estime distribuer 2.000 sacs par semaine. Les clients qui passent et qui n’ont pas de sac sur eux, ils n’achèteront plus. C’est pas à nous d’arrêter d’en donner, c’est aux gens de ne pas les jeter n’importe où. » Pour la cliente de Jean-Luc, c’est quand même bien pratique d’avoir chez elles des poches en plastique « pour mettre les excréments du chat ».Le problème, c’est que même jetés à la poubelle après réutilisation, les sacs plastique non recyclables finissent en déchetterie où leur incinération produit des gaz à effet de serre. 

10 centimes pour le client, 300 millions d’euros pour les pros

De l’autre côté de l’allée, Evelyne vend des fruits et légumes bio et ne distribue plus aucun sac gratuitement. Les sachets vendus 10 centimes sont biodégradables. « C’est pour sensibiliser les gens : quand on leur dit que c’est payant, la fois suivante ils viennent avec leur cabas », explique-t-elle. Car les sacs biodégradables ne sont pas non plus la panacée environnementale : les « oxobiodégradables » seront également interdits en 2016 car leur seule vertu est de se fragmenter plus rapidement dans la nature que les sacs classiques, qui mettent plusieurs centaines d’années à se réduire en poussière.  Seuls seront tolérés les sacs « biosourcés », le plus souvent à base d’amidon de pomme de terre ou de maïs, et les sacs réutilisables.

Bien sûr, pour les commerçants, s’approvisionner en sacs biodégradables ou réutilisables a un coût : au moins 300 millions d’euros pour tout le secteur, chiffre la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Certains craignent de devoir importer les sacs, faute de capacité de production suffisante en France. D’autres y voient une opportunité de développement de filières bioplastiques en France, qui pourraient créer des milliers d’emplois. Charly, notre poissonnier de la rue Oberkampf, y voit surtout une occasion de faire la fête : « Nous avons soumis l’idée à des artistes et des designers de faire quelque chose avec notre stock de sacs plastique », sourit-il.

Plus un litre d’eau de mer sans pollution plastique

Si les commerçants parisiens cherchent de l’inspiration, ils pourront se tourner vers leurs homologues corses. Le 15 mai 2003, les élus insulaires ratifiaient une décision prise à la suite d’un référendum organisé dans les grandes surfaces de l’Ile de Beauté : plus aucun sac en plastique jetable non biodégradable ne serait distribué dans les commerces corses.  Douze ans après, le maquis corse n’étouffe plus sous les sacs plastique abandonnés mais le reste de la France est toujours aussi friand des sachets jetables : près de 5 milliards de sacs de caisse à usage unique et 12 milliards de sacs dits « fruits et légumes », ceux que l’on utilise pour emballer et peser ses légumes au rayon primeur, sont encore distribués chaque année, selon le ministère de l’Ecologie.

Les grandes surfaces ont fait leur part : de nombreux supermarchés ont mis un prix sur les sacs jetables et encouragent l’utilisation  de sacs réutilisables. Le nombre de sacs distribués aux caisses des grandes surfaces a ainsi chuté de 10,5 milliards en 2002 à 700 millions en 2013. Mais il reste toujours les petits commerces, les marchés et les rayons « fruits et légumes » des supermarchés.

Pendant ce temps-là, les océans se chargent de plastiques. Des continents de déchets se forment au gré des courants, les tortues s’étouffent en confondant méduses et sachets, les poissons ingèrent des microparticules de plastique qui finissent dans nos assiettes et les méduses prospèrent sur les fragments qui leur servent de nid. L’expédition Tara, qui a sillonné la Méditerranée pendant sept mois en 2014, n’a pas trouvé un seul échantillon d’eau de mer exempt de plastique.