Climat: à Paris, effacer le traumatisme de Copenhague

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Une session de débats lors du sommet sur le climat de Copenhague le 19 décembre 2009
Une session de débats lors du sommet sur le climat de Copenhague le 19 décembre 2009 — ATTILA KISBENEDEK AFP

Six ans après, l'évocation de la conférence climat de Copenhague donne encore des frissons aux négociateurs les plus aguerris, qui veulent croire que les leçons de ce fiasco ont été tirées pour réussir la réunion de Paris.

Paris? Copenhague? «Pas de comparaison possible. A part le fait que ce sont deux belles villes en Europe», plaisante Christiana Figueres, la responsable climat de l'ONU, pour qui, depuis 2009, le monde a changé et compris son intérêt à lutter contre le dérèglement du climat.

Les promoteurs de l'accord escompté à Paris, premier pacte universel pour limiter les gaz à effet de serre, ont aussi revu leur stratégie, l'expérience de Copenhague à l'esprit.

Quand, en décembre 2009, le monde converge dans la capitale danoise, on parle de «conférence historique». Il y a des raisons d'espérer: Obama a fait revenir les Etats-Unis dans le jeu climatique, Pékin annoncé de premiers engagements chiffrés...

Mais les pourparlers coincent sur la répartition des efforts et sur leur contrôle international. Américains et Chinois s'opposent, tandis que les pays en développement soupçonnent en permanence les «grands» de vouloir imposer leurs vues. L'amertume gagne, la présidence danoise de la COP se déchire, les chefs d'Etat sont appelés à la rescousse au dernier moment.

Finalement, les leaders des grandes économies - USA, Chine, Inde, Brésil, Allemagne, France... - rédigeront un accord a minima de deux pages, que certains pays dénonceront et qui ne sera pas entériné. «Le pire jour de ma vie», se souvient le représentant des Maldives Amjad Abdulla.

- 'des années lumière' de Copenhague -

La déception est énorme, les négociateurs sont sonnés. Pourtant dès fin 2010, la COP de Cancun entérine l'objectif de limiter le réchauffement à +2°... issu du texte de Copenhague. En 2011, les Etats se fixent comme objectif un accord en 2015.

Comme pour leur donner raison, les impacts du réchauffement se font toujours plus forts, au Sahel, aux Philippines, en Australie... En 2014, le nouveau rapport scientifique du GIEC enfonce le clou.

«Le monde a tiré des leçons de Copenhague, on est à des années lumière des précédentes négociations», estime l'ex-vice-président américain Al Gore, qui prédit «un succès» à Paris.

Pour lui, «partout, maintenant, les gens comprennent quels sont les dangers, mais aussi voient le chemin qui s'ouvre vers les énergies renouvelables, une agriculture durable, et les moyens de créer des millions d'emplois, avec moins d'émissions de CO2».

En six ans, les énergies renouvelables sont devenues plus accessibles, en terme de coût (-80% depuis 2008 pour le solaire) comme de technologie.

Les deux premiers pollueurs, Chine et Etats-Unis, se sont alliés pour présenter des plans plus ambitieux avant la COP21.

- 'échec créatif' -

Tournant résolument le dos à Copenhague, les chefs d'Etat viendront en force le premier jour, donner lundi à Paris l'impulsion politique aux négociations. 147 dirigeants sont annoncés

Par pragmatisme, on a renoncé à l'idée de «partage du fardeau» de la réduction des émissions: chaque pays a été invité à remettre des «contributions» volontaires. Ce qu'ils ont fait en masse (178 pays), même si ces efforts sont insuffisants pour limiter la hausse du mercure à 2°C.

Et, contrairement à Copenhague, «ils l'ont fait avant la COP21», souligne Jennifer Morgan du World Resources Institute, saluant «une transparence et un engagement» nouveaux.

«Au moins nous savons ce que les autres pensent», explique la négociatrice japonaise Aya Yoshida.

«Copenhague est une étape douloureuse mais riche d'enseignements et de dynamiques nouvelles», souligne le chercheur Michel Colombier, évoquant un «échec créatif». L'idée étant notamment que les pays «viennent chercher des solutions, par opposition aux négociations précédentes où le jeu consistait à se protéger de toute contrainte».

Pour autant, les difficultés ne vont pas manquer à Paris. Comment réunir tout le monde autour d'objectifs plus ambitieux? contrôler les engagements pris par les divers pays? résoudre le problème historique du partage des responsabilités entre pays industrialisés, émergents, en développement?

«J'ai déjà vu ce film, j'espère que ce ne sera pas un second Copenhague,» a prévenu le mois dernier la négociatrice vénézuélienne Claudia Salerno, lors d'une session préparatoire, au cours de laquelle les pays du Sud ont accusé le Nord d'ignorer leurs propositions.