Climat: 195 pays au défi de trouver un accord historique à Paris sous haute surveillance

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Un policier patrouille près de la tour Eiffel à Paris le 14 novembre 2015
Un policier patrouille près de la tour Eiffel à Paris le 14 novembre 2015 — LIONEL BONAVENTURE AFP

La conférence de Paris s'ouvre dans une semaine sous haute sécurité avec une double ambition: sceller un accord mondial contre le réchauffement climatique et montrer que le monde n'a pas peur des «terroristes», en réunissant le premier jour un sommet de plus de 140 chefs d'Etat.

Malgré les attentats du 13 novembre à Paris (130 morts), «aucun des 140 chefs d'Etat (ou de gouvernement) qui devaient venir ne s'est désisté et, au contraire, certains qui ne nous avaient pas encore répondu nous ont dit qu'ils allaient venir car il ne faut pas céder devant le terrorisme», a souligné samedi le ministre français des Affaires étrangères, futur président de la COP21, Laurent Fabius.

Le président américain Barack Obama a appelé dimanche les dirigeants de tous les pays à participer, comme lui, à la COP pour montrer que le monde n'a pas peur des «terroristes».

Prévu depuis plusieurs mois, le sommet vise à donner une impulsion aux négociations climat mais dans le contexte post-attentats, il sera marqué par un hommage aux victimes et la sécurité en a été «accrue», selon les organisateurs.

La conférence, qui réunira 195 pays du 30 novembre au 11 décembre au Bourget, près de Paris, doit tenter de limiter à 2 degrés la hausse du thermomètre par rapport à l'ère pré-industrielle. Au-delà, le dérèglement climatique rendrait de nombreuses régions du globe inhabitables: cyclones, sécheresses, montée du niveau des océans, chute des rendements agricoles, extinction d'espèces...

Les vifs débats au G20 mi-novembre, qui ont abouti à une déclaration finale a minima sur le climat, témoignent des divergences qui restent à aplanir.

L'Inde et l'Arabie saoudite, notamment, ont bataillé contre la mention des 2° dans le texte.

Le pays «le plus problématique, c'est l'Inde», souligne Pascal Canfin, du World Resources Institute (WRI).

Quatrième émetteur de gaz à effet de serre (6,5%), l'Inde, membre du groupe de négociation dit du «G77» (134 pays en voie de développement et émergents), «émet des signaux très ambigus», selon Célia Gautier, du Réseau Action Climat.

D'un côté, elle se tourne vers les énergies renouvelables avec des objectifs très ambitieux dans le solaire. De l'autre, le pays, qui produit 60% de son électricité à partir du charbon, a «encore du mal à imaginer son développement sans nouvelles centrales à charbon».

Delhi ne veut pas entendre parler d'un mécanisme de révision à la hausse, tous les cinq ans, des engagements de réduction des émissions des pays.

Les promesses faites à ce jour étant insuffisantes pour respecter les 2 degrés, cette question sera au coeur des discussions à la COP.

- Ligne rouge -

L'Inde, comme les pays les plus pauvres d'Afrique et d'Asie et les Etats insulaires, attend par ailleurs des engagements financiers des pays du Nord vers le Sud.

L'Arabie saoudite, elle aussi hostile à tout cycle de révision, pourrait essayer d'entraîner d'autres pays dans une attitude de blocage.

Or, selon les règles de l'ONU, un accord «doit être approuvé par consensus de tous les pays, ce qui est un défi énorme», rappelle Jennifer Morgan, du WRI.

Pour faciliter ce consensus, Laurent Fabius s'est rendu depuis vendredi en Inde, en Afrique du Sud et au Brésil.

Selon son entourage, il a reçu du premier ministre indien Narendra Modi l'assurance qu'il souhaitait un succès à Paris et que les 2 degrés étaient un objectif partagé.

Point positif de la COP21, par rapport à celle de Copenhague en 2009: les deux principaux pollueurs, la Chine (24% des émissions) et les Etats-Unis (15,5%), «unissent désormais leurs forces pour aboutir à un succès», souligne Elliot Diringer, du Center for climate and energy solutions.

Rejoignant l'Union européenne (11%) et les Etats-Unis, la Chine s'est convertie à l'idée d'une révision tous les cinq ans des engagements et à un premier bilan avant 2020, date d'entrée en vigueur de l'accord.

Mais bien que pays émergent riche, elle n'acceptera pas d'être «contrainte» à participer aux financements climat des pays du Sud, c'est «sa ligne rouge», selon Pascal Canfin.

Autre difficulté, la nature juridique de l'accord de Paris. Washington a dit qu'il accepterait «un accord hybride», dont les contraintes juridiques s'appliqueraient au suivi des promesses mais non à leur réalisation concrète.

Enfin, sur le délicat dossier des dommages subis par les pays du Sud du fait du changement climatique, pas question qu'ils envisagent une compensation fondée sur la responsabilité historique des pays riches dans les émissions.