Pascal Canfin: «Le climat est un multiplicateur de menaces»

INTERVIEW Le nouveau directeur du WWF France, ancien ministre du Développement, rappelle que la lutte contre le changement climatique est aussi un outil pour la paix...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Pascal Canfin à l'Elysée le 18 juin 2015.
Pascal Canfin à l'Elysée le 18 juin 2015. — THOMAS SAMSON / AFP

Malgré tout, ne pas oublier le climat. La COP21, la conférence des Nations unies sur le climat, s’ouvre ce lundi à Paris dans un contexte lourd. Mais le gouvernement n’a pas voulu annuler ce rendez-vous avec plus de 150 chefs d’Etat et 195 pays car le monde n’a jamais été aussi près de parvenir à un accord permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C. Pour Pascal Canfin, nouveau directeur du WWF France et ancien ministre du Développement, il y a de bonnes raisons de croire à cette COP et surtout de s’y intéresser.

Votre livre paru en mai dernier, Climat, 30 questions pour comprendre la conférence de Paris (éd. Les petits matins),  s’ouvrait sur le lien entre le climat et la déstabilisation politique de régions comme la Syrie. Aujourd’hui, peut-on continuer à dire que la lutte contre le réchauffement climatique est aussi une lutte contre le terrorisme?

La lutte contre le changement climatique est aussi une lutte contre la déstabilisation de nombreux pays exposés aux chocs climatiques. La Syrie a été exposée à 4 ans de sécheresse qui ont fait migrer des millions de personnes à l’intérieur du pays. Ce n’est pas la cause unique du chaos que connaît le pays aujourd’hui, mais cela y a contribué. Le département de la défense américain juge que le climat est un multiplicateur de menaces. Il y a également la question du pétrole et du financement du terrorisme : une grande partie des ressources de Daesh est liée au pétrole. Accélérer notre sortie des énergies fossiles réduit la capacité de nuisance de certains régimes. Lutter contre le dérèglement climatique, c’est aussi lutter pour la paix.

Les chefs d’Etat n’ont-ils pas d’autres priorités en ce moment?

Je comprends que les Français soient particulièrement touchés par les récents attentats, mais il ne faut pas oublier que les pays fréquemment victimes d’attentats ne sont pas des pays d’Europe. De nombreux pays seront tout aussi motivés pour trouver un accord qu’avant les attentats de Paris.

Quel est l’objectif de cette COP? Qu’est-ce qui en ferait un succès?

Pour moi, c’est l’accord du 21e siècle car il n’a pas de date de fin, il engage pour tout le siècle. Ce sera un succès si l’accord conclu est compatible avec ce que les scientifiques nous disent, c’est-à-dire qu’il permette de ne pas dépasser les +2°c de réchauffement climatique. Aujourd’hui, les engagements mis en œuvre nous mettent sur une trajectoire de +3°C, donc l’accord de Paris doit permettre le retour à une trajectoire vers +2°C.

En cas d’échec de la COP, qu’est-ce qui nous attend?

Si les Etats ne se mettaient pas d’accord à Paris, ce serait un choc et cela aurait comme conséquence de diminuer l’énergie que les autres acteurs, entreprises, collectivités locales, organismes financiers,  mettent dans leur engagement. L’objectif de la COP est de créer une dynamique positive.

Pourquoi celle-là réussirait alors que les précédentes ont échoué?

Il y a plusieurs différences avec Copenhague en 2009. D’abord, les Américains et les Chinois veulent un accord : quand les deux premières puissances économiques changent d’avis, ça fait une différence. Ensuite, les technologies vertes sont de moins en moins coûteuses, elles deviennent même plus compétitives que les énergies fossiles. Depuis 2013, plus de la moitié des nouvelles capacités de production d’électricité installées dans le monde sont renouvelables. La dernière différence avec Copenhague, c’est que la France qui préside la COP21 est une grande puissance diplomatique, présente au G20, au G7, aux conseils d’administration du FMI et de nombreuses banques de développement, donc elle peut porter de manière cohérente l’ensemble de l’agenda climatique.

Qu’est-ce qui pourrait faire capoter l’accord de Paris?

Il reste des pays très réservés voire hostiles à un accord à Paris : l’Arabie saoudite, l’Inde qui peut vraiment mettre son veto à un accord et, dans une moindre mesure, le Japon et l’Australie.

Donnez une bonne raison aux Français de s’intéresser à la COP21.

Vos enfants, simplement. Si vous avez une maison en bord de mer, la montée des eaux. Si vous aimez skier, la fonte des glaces. Si vous aimez le vin de Bordeaux, le risque qu’il disparaisse.