En ville, la réponse écolo au défi des livraisons du «dernier kilomètre»

© 2015 AFP

— 

Une voiture à hydrogène est rechargée à Marcoussis le 4 octobre 2011
Une voiture à hydrogène est rechargée à Marcoussis le 4 octobre 2011 — ERIC PIERMONT AFP

Triporteurs électriques, utilitaires fonctionnant à l'hydrogène ou camionnettes au gaz naturel: transporteurs et distributeurs ont pris conscience de la nécessité de réduire les nuisances générées par les livraisons dans le cœur de la ville, comme en témoignent les innovations présentées cette semaine au salon Solutrans de Lyon.

Polluantes, bruyantes et génératrices d'encombrements, les livraisons dites «du dernier kilomètre» sont les plus difficiles et les plus chères pour les camionneurs.

«Le dernier kilomètre», rappelle Elisabeth Charrier, secrétaire générale de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) pour l'Ile-de-France, est «la partie la plus difficile à réaliser. Elle absorbe 20% du coût du transport du produit depuis sa fabrication. Et c'est celle qui coûte le plus à cause des contraintes: congestion, stress, pollution...».

Une société implantée à Lyon, City Logistics, s'est lancée il y a quelques mois dans le pari des livraisons urbaines «éco-responsables». Avec une flotte de 10 véhicules, elle récupère les marchandises dans des entrepôts à la périphérie de Lyon puis les achemine dans des camionnettes roulant au gaz naturel.

«Nous avons opté pour le BioGNV, un carburant issu de la fermentation des déchets produits en France. Cela fait 96% de CO2 de moins. Pour le NOX (oxyde d'azote), c'est aussi 70% de moins par rapport à la norme Euro 6», explique Yves Guyon, président de City Logistics, rencontré à Solutrans.

City Logistics dialogue avec La Poste pour bénéficier d'une base logistique en plein centre-ville. Le groupe public s'est en effet lancé dans l'aménagement d'espaces de logistique urbains (ELU) dans plusieurs métropoles, permettant de recharger et utiliser des véhicules «propres».

A Lyon, explique Julien Caraux, directeur Services-Courrier-Colis Ain/Rhône pour La Poste, «on a créé cette année un espace de logistique urbain de 5.500 m2 près de la place Bellecour dans lequel on a réuni l'ensemble des opérateurs de la Poste». Sur cette plateforme se côtoient 25 véhicules électriques et trois autres roulant au GNV (gaz naturel pour véhicules).

«On a réduit le nombre de kilomètres parcourus et on enrichit notre offre de services pour les habitants du cœur de ville», se félicite M. Caraux.

Le Grand Lyon a été l'une des premières collectivités à avoir adopté une délibération (en 2013) en matière de logistique urbaine, comprenant notamment les livraisons nocturnes et silencieuses.

- Interdire le diesel ? -

Grenoble, très active sur le front de la pollution, va plus loin: elle compte interdire le diesel dans le centre-ville pour le transport de marchandise d'ici octobre 2016.

La métropole compte créer un centre de distribution urbaine qui prendrait le relais avec des véhicules propres (électrique, à l'hydrogène ou... vélo) sur le dernier kilomètre.

A Paris, une enseigne comme Monoprix s'est lancée il y a quelques années dans l'approvisionnement de marchandises par train jusqu'à la gare de Bercy. De là partent des véhicules roulant au GNV pour approvisionner les magasins de la capitale.

Même si c'est encore embryonnaire, «il y a une vraie propension des transporteurs routiers à regarder la motorisation au gaz naturel. Nous allons tendre de plus en plus vers cela», souligne le secrétaire général de l'Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) Gilles Mathelié-Guinlet.

Il regrette toutefois que la question des transports routiers «ne fasse l'objet que d'une demi-matinée» lors de la grande conférence sur le climat COP 21 fin novembre.

Mme Charrier rappelle qu'il n'existe à ce stade que cinq centres de recharge de GNV dans toute l'Ile-de-France, où «il faut faire plus d'une heure de queue» à chaque fois!

«Il y a un manque de réseau d'approvisionnement. Investir sur une pompe privative (de GNV) c'est extrêmement cher, entre 600.000 et 1,2 million d'euros. Il faut qu'il y ait des investisseurs», et pour l'instant «c'est un peu balbutiant» relèvent Pascal Vandalle et Jérôme Douy, directeurs délégués à la Fédération des entreprises de transport et logistique de France (TLF).