Emissions de CO2: les entreprises françaises manquent d'objectifs à long terme

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Une usine à Paris en novembre 2006
Une usine à Paris en novembre 2006 — Joel Saget AFP

Les émissions de CO2 des entreprises françaises continuent globalement de diminuer, cette évolution cachant toutefois d'importantes disparités, et manquent encore d'objectifs à long terme, selon une étude publiée mercredi.

Les émissions de CO2 rapportées par une centaine d'entreprises en 2015, dont près de la totalité de celles du CAC 40, ont diminué de 2% sur un an, selon le rapport 2015 France du CDP (ex-Carbon Disclosure Project), une ONG britannique, réalisé avec le cabinet de conseil Accenture.

En France et au Benelux, 146 entreprises ont répondu (sur 395 interrogées) et ont communiqué leurs émissions de CO2 issues de leur processus de production et de leur consommation d'énergie.

Leurs émissions de CO2 s'élèvent à 829 millions de tonnes et six entreprises (ArcelorMittal, Engie, Shell, Lafarge, EDF et Total) concentrent les trois quarts de ce volume.

A l'inverse, cinq groupes - , , , et - ont obtenu la note de performance la plus élevée, soit deux fois moins que l'an dernier.

En cause notamment, «le durcissement du système de notation», justifie Laurent Babikian, directeur et Benelux du CDP, puisque l'organisation a demandé aux entreprises qu'elles fassent valider par un tiers une part plus importante de leur volume d'émissions déclarées.

De fait, la baisse globale des émissions de CO2 ne reflète pas une tendance générale car elle est essentiellement le fait de l'action de trois groupes: , et .

«Derrière, en général les entreprises ont plutôt augmenté leurs émissions» regrette Laurent Babikian.

A un mois de la conférence internationale sur le climat de (COP21), le CDP appelle donc les entreprises à renforcer leurs objectifs de réduction des émissions de CO2.

«Nous remarquons que 91% des sociétés intègrent le changement climatique dans leur activité. Cela étant, cela ne se reflète pas dans les actes qu'elles prennent car seulement 4% ont des objectifs qui vont au delà de 2020», avance M. Babikian.

«Il faut que les entreprises mettent leurs objectifs en ligne avec le scenario scientifique de la limitation du réchauffement climatique à 2 degrès, sinon cela a peu de sens», ajoute-t-il.

D'autant que le CDP observe que le secteur de la finance avance lui «très vite».

«Il y a dans le monde des coalitions d'investisseurs qui s'engagent à calculer l'empreinte carbone de leur portefeuille et même à décarboner ce portefeuille», et cela «va faire bouger les entreprises» prédit M. Babikian.

Conséquence: dans le monde, «le nombre d'entreprises ayant fixé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre a doublé en seulement cinq ans (...) et le nombre d'entreprises faisant vérifier leurs émissions a doublé», s'est félicité Paul Dickinson, président du CDP, lors de la présentation de ce rapport au ministère des Affaires étrangères à Paris.

L'enjeu est désormais de parvenir durablement à «découpler la croissance de la production et l'augmentation des émissions», avertit-il, citant plusieurs groupes ayant déjà amorcé cette pente.