La Chine reconnaît avoir massivement sous-évalué sa consommation de charbon

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Le port de Lianyungang, en Chine, le 5 août 2015
Le port de Lianyungang, en Chine, le 5 août 2015 — Str AFP

La Chine a massivement sous-évalué, pendant plus d'une décennie, sa consommation de charbon et a brûlé ces dernières années des centaines de millions de tonnes de plus qu'annoncé, selon une vaste révision de chiffres gouvernementaux qui pourrait compliquer la donne pour la COP21.

Ces nouvelles données du Bureau national des statistiques (BNS), sur lesquelles le New York Times a attiré l'attention, suggèrent donc que les émissions de gaz à effet de serre du pays dépassent ce qu'on pensait jusqu'ici.

L'ampleur de la correction donne le vertige: un recueil officiel des statistiques gouvernementales publié l'an dernier indiquait que la Chine avait consommé 3,53 milliards de tonnes de charbon en 2012.

Mais la version actualisée de ce recueil, consultée par l'AFP, fait désormais état d'une consommation de 4,12 milliards de tonnes pour la même année -- soit quasiment 600 millions de tonnes de plus, une révision de 17%.

Ce qui équivaut à quelque 70% de la consommation annuelle de charbon des Etats-Unis, soulignait le NYT, avec pour résultat un surplus d'émissions chinoises de CO2 dépassant le volume annuel des émissions allemandes.

Les chiffres officiels jusqu'à l'an 2000 ont été modifiés, même si les plus grosses divergences concernent ces dernières années.

Cette correction fait l'effet d'un pavé dans la mare à quelques semaines de la conférence de Paris sur le climat (COP21), alors qu'on juge déjà la Chine -- premier pays consommateur de charbon -- responsable d'environ 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

- 'Le charbon est partout' -

Le BNS s'est refusé mercredi à tout commentaire. La fiabilité des statistiques qu'il publie --en particulier sur la croissance économique et l'emploi-- est régulièrement mise en cause par des analystes, qui soupçonnent volontiers des manipulations.

Pour les experts de l'énergie et de l'environnement, la révision de la consommation de charbon n'a rien de surprenant.

«Désormais ajustés, les chiffres du BNS sont plus fiables», a insisté Zhou Fengqi, expert rattaché à la NDRC, la puissante agence de planification gouvernementale chinoise.

«Nous avions depuis longtemps constaté des écarts importants entre les chiffres du BNS et ceux de la fédération professionnelle des producteurs de charbon», a-t-il indiqué à l'AFP.

Song Guojun, professeur à l'Université du Peuple à Pékin, pointait quant à lui une compilation compliquée des données.

«En Chine, le charbon est partout. Au niveau des districts et des villes, il y a de nombreux usages du charbon qui n'étaient pas pris en compte dans les statistiques locales», a-t-il souligné.

La production d'électricité en Chine repose toujours à environ 75% sur le charbon --et des dizaines de nouvelles centrales sont en construction. Cela reste par ailleurs un matériau de chauffage courant.

- Pic des émissions -

Dès septembre, l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) avait estimé, en examinant certains chiffres officiels préliminaires, que la consommation réelle de charbon en Chine entre 2000 et 2013 avait été 14% plus forte que ce qui était précédemment annoncé par Pékin.

Ce constat arrive à contretemps alors que la deuxième économie mondiale affiche ostensiblement son ambition d'un modèle de développement plus durable.

Et ce au détriment des traditionnelles industries lourdes, gourmandes en énergie et aujourd'hui en crise profonde, sur fond de demande terne et de sévères surcapacités.

«Le développement +vert+ est un passage obligé» pour la restructuration de l'économie chinoise, «et c'est également un devoir à l'égard de l'humanité», a déclaré mardi le Premier ministre chinois Li Keqiang.

La Chine a déjà promis un pic de ses émissions de CO2 «autour de 2030», et s'est mise d'accord lundi avec Paris pour que la COP21 débouche sur un accord «juridiquement contraignant». En tant que premier pollueur de la planète et chef de file des pays en voie de développement, Pékin y fera figure d'abitre.

Il restait néanmoins difficile de jauger d'éventuelles répercussions de la révision de la consommation passée de charbon de la Chine sur ses engagements en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

«Cela ne devrait pas faire de différence, puisque Pékin s'est engagé sur un pic de ses émissions, et non sur un volume chiffré», estimait Yang Fuqiang, conseiller du Natural Resources Defense Council (NRDC), une ONG environnementale américaine.

Pour autant, «il s'agit d'une énorme augmentation (de sa consommation). Concernant l'objectif de limiter la hausse de la température mondiale en-dessous de 2°C, cela va accentuer les inquiétudes», a-t-il reconnu.