Négociations climat: inquiétude à Bonn devant la lenteur des progrès

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Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères français, le 20 octobre 2015, à Bonn, lors de discussions sur le réchauffement climatique
Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères français, le 20 octobre 2015, à Bonn, lors de discussions sur le réchauffement climatique — PATRIK STOLLARZ AFP

Les négociateurs sur le climat, réunis à Bonn, se sont inquiétés mercredi de la lenteur des progrès en vue d'un projet d'accord global visant à limiter le réchauffement climatique, à trois jours de la fin des discussions officielles avant la grande conférence de l'ONU à Paris début décembre.

Les délégués de 195 pays doivent réduire un projet de texte largement amendé lundi qui a gonflé à 34 pages et devaient poursuivre leurs échanges jusque tard mercredi.

«La bonne nouvelle est que nous avons un texte complet, ce qui est important pour toutes les parties», a dit dans l'après-midi à l'AFP Christiana Figueres, la secrétaire de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques (Cnuccc).

«Il est complet, mais moins concis, moins cohérent, et moins clair (qu'en début de semaine, ndlr). Or il nous faut ces quatre +C+. Alors les parties travaillent pour le rendre de nouveau clair, cohérent et concis», a-t-elle résumé, rappelant qu'il reste «deux jours et demi» avant la fin de la session.

Le matin, des négociateurs avaient appelé à un sursaut dans les tractations, ralenties par des batailles de procédures et demandes d'amendements (allant des financements à la question des réductions des émissions de gaz à effet de serre).

«Je suis préoccupée par ce qui remonte des groupes de travail», a dit la négociatrice française, Laurence Tubiana, en séance plénière, reflétant la frustration au sein des délégations.

«Je ne pense pas que ce mode de travail va nous conduire où nous devons être à la fin de la semaine. Il faut se ressaisir», a-t-elle prévenu. «Nous ne pouvons pas attendre» la conférence de Paris pour faire des compromis.

Si les ministres voyaient l'état d'avancement de la rédaction du projet, «beaucoup de délégués perdraient probablement la moitié de leurs salaires immédiatement», a ajouté Artur Runge-Metzger, médiateur d'un des groupes de travail.

Les représentants des 195 pays ont pour mission de finaliser un projet d'accord rapprochant les positions et clarifiant les points de divergence que seuls les gouvernements pourront trancher à la COP 21 (30 novembre-11 décembre).

- Frustrations -

Les contraintes de temps génèrent des frustrations, selon un autre médiateur, le Suisse Franz Perrez. «Soit les parties sont dépitées de voir que nous n'allons pas assez vite, soit elles sont dépitées parce qu'elles n'ont pas le temps de regarder les propositions dans le détail», a-t-il relevé en plénière. Mais «nous devons nous mettre d'accord sur des compromis», a-t-il exhorté.

Selon l'ambassadrice sud-africaine, Nozipho Mxakato-Diseko, parlant au nom des pays en développement et émergents du groupe G77, représentant une vaste majorité de la population mondiale, «nous sommes à un moment crucial et il y a de nombreux points sur lesquels les parties ne sont pas si éloignées». Aussi elle a appelé les parties à ne plus «ajouter de texte ou de nouvelles idées à ce stade».

Pour Alden Meyer, du centre de recherche américain Union of Concerned Scientists, «tout le monde reconnaît qu'il faut aller un peu plus vers les autres»,. Il a regretté que les ONG, au statut d'observateur, aient été exclues à la demande du Japon, des groupes de travail: «Nous aurions pu contribuer à favoriser des compromis».

Venu à Bonn mardi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, qui présidera la COP 21, avait appelé à «avancer à Bonn pour avoir un succès à Paris».

Réunis mercredi à Paris des dirigeants sociaux-démocrates européens, dont le Premier ministre français Manuel Valls, se sont entendus sur 21 «propositions progressistes» en vue de la COP 21. Elles incluent notamment un projet de consacrer 10% des flux d'investissements des acteurs financiers à des projets d'économie verte.

La communauté internationale vise à limiter le réchauffement à +2° par rapport au niveau d'avant la Révolution industrielle, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Au-delà de ce seuil, les scientifiques prévoient des impacts irréversibles du réchauffement climatique sur les espèces, les océans ou encore les économies.

Selon un rapport mercredi de l'Agence américaine océanique et atmosphérique, le mois dernier a été le mois de septembre le plus chaud sur la planète enregistré depuis le début des relevés en 1880.