Haute-Savoie: Pourquoi l’Etat abat-il des bouquetins… qui sont pourtant une espèce protégée ?

PLANETE L'abattage partiel et controversé de bouquetins dans le massif du Bargy a démarré jeudi…

C.P. avec AFP

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Un bouquetin des Alpes.
Un bouquetin des Alpes. — AUSLOOS/SIPA

Un impératif de santé publique. C’est ainsi que le préfet de Haute-Savoie Georges-François Leclerc a défendu jeudi le lancement de l’opération d’abattage de bouquetins dans le massif de Bargy en Haute-Savoie. Selon le dernier décompte, 40 % du cheptel serait en effet contaminé par la brucellose, contre 15 % en 2013 chez les bouquetins de moins de 5 ans. « Cette maladie est grave est transmissible à l’homme. Il y a déjà eu deux cas dans les Aravis », a indiqué le préfet.

« Captures » et « euthanasies » ciblées

Il a également souligné sa volonté de préserver l’économie agricole : « La perspective de voir s’étendre l’enzootie aux troupeaux est une épée de Damoclès insupportable pour les éleveurs ». Dans la ligne de mire : le cheptel bovin qui produit le lait utilisé pour la fabrication du reblochon. Les producteurs de la région veulent à tout prix éviter de devoir procéder au rappel de fromages contaminés par la bactérie Brucella, comme cela avait été le cas en avril 2012. Deux personnes étaient alors tombées malades après avoir mangé du fromage au lait cru.

L’opération qui a débuté jeudi doit durer deux jours « puis nous reviendrons autant de fois qu’il sera nécessaire », a déclaré à l’AFP le préfet de Haute-Savoie. Elle a été lancée dans le cadre d’un arrêté du 16 septembre, qui autorise la « capture » et l'« euthanasie » de bouquetins séropositifs à l’enzootie par les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en « vue de la constitution d’un noyau sain parmi la population des bouquetins du Bargy, et pour compléter le noyau sain de 61 individus » existant. Ceux-ci font l’objet d’un marquage.

La préfecture prévoit également l’abattage d’animaux « non testés séronégatifs en 2015 et ne faisant pas partie du noyau sain constitué ». Sur environ 300 bouquetins, une espèce protégée, de 75 à 80 bêtes devraient être épargnées, a précisé le préfet.

A l’automne 2014, la préfecture de Haute-Savoie, qui avait initialement prévu l’abattage total des bouquetins du massif, avait dû faire machine arrière à la demande de la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal. Les services de l’État s’étaient alors orientés vers un abattage ciblé des seuls bouquetins malades ayant été repérés après un dépistage.

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Une « méthode brutale » dénoncée par les défenseurs de la nature

Cette option intermédiaire n’a toutefois pas calmé la polémique alors que le bouquetin, qui avait totalement disparu du territoire français au XIXe siècle, est classé espèce protégée depuis 1981 en France. Les défenseurs de la nature avaient saisi la justice administrative pour suspendre l’arrêté préfectoral du 16 septembre. L’examen du référé était programmé le 19 octobre devant le tribunal administratif de Grenoble. Selon le préfet de Haute-Savoie, il n’avait aucun caractère suspensif.

« L’État aurait pu attendre a minima la décision du juge », a déploré Carine Brémond, membre de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). « On trouve cela scandaleux et ahurissant. Nous sommes choqués par cette méthode », a-t-elle ajouté.

Selon les défenseurs de la nature, d’autres solutions préconisées par des experts étaient envisageables pour endiguer la propagation de l’enzootie. « Le préfet préfère la méthode brutale et il risque de diffuser la brucellose au massif voisin des Aravis », a déclaré Jean-Pierre Crouzat, porte-parole de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) en charge du dossier qui estime que l’opération d’abattage risque de provoquer une fuite des animaux vers ce massif.