VIDEO. Nicolas Hulot: «Ne vous résignez pas» face à la situation climatique

INTERVIEW Nicolas Hulot appelle à une large mobilisation citoyenne en vue de la COP21…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Nicolas Hulot, le 6 octobre 2015, à Paris.
Nicolas Hulot, le 6 octobre 2015, à Paris. — A.Chauvet / 20 Minutes

Nicolas Hulot ne mâche plus ses mots. Pas fatigué de répéter depuis des années qu’il faut sauver la planète, il semble être passé à la vitesse supérieure à l’approche de la COP21, la conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre. L’écolo le plus écouté de France, y compris par François Hollande qui en a fait son envoyé spécial pour la protection de la planète, publie ce mercredi Osons, Plaidoyer d’un homme libre (éd. Les liens qui libèrent), un manifeste dans lequel il lance un appel aux citoyens pour interpeller les chefs d’Etat.

Dans votre livre, vous vous adressez aux jeunes en leur disant « Dites à tous les responsables politiques : "Cessez de parler, agissez" ». Vous, vous l’avez dit à François Hollande ?

Je ne cesse de le faire. Mais je m’adresse aux jeunes car, au prétexte qu’ils n’ont pas de responsabilité dans la situation climatique et qu’ils ont des difficultés plus concrètes et immédiates, ils pourraient avoir tendance à se désintéresser de la conférence sur le climat alors qu’ils en seront les bénéficiaires ou les victimes. Mon message c’est : manifestez-vous, inondez les réseaux sociaux, ne vous résignez pas, dérangez le clan des parvenus, faites-le artistiquement, pacifiquement, mais cassez les codes.

Quel bilan tirez-vous de votre rôle d’envoyé spécial du Président pour la protection de la planète ?

J’espère avoir contribué à ce que la mobilisation n’ait jamais été aussi importante. Plus personne dans la communauté politique ne conteste la réalité du changement climatique. A moins de deux mois de la conférence, il y a autant de raisons d’espérer que d’être inquiets. D’espérer car tant sur le plan technologique qu’économique, on sait quoi faire. Inquiets car un certain nombre de sujets ne sont pas encore précisés dans le détail.

On n’arrive pas vraiment à savoir si vous êtes optimiste ou pessimiste pour la COP21 ?

Moi-même je ne le sais pas. Je ne suis surtout pas défaitiste, car on sait quoi faire : les technologies et les instruments financiers sont là, il faut simplement faire des choix. Il faut que l’économie bas carbone soit la pierre angulaire de nos investissements. On n’a pas besoin de moyens supplémentaires, il suffit d’affecter les investissements sur les priorités d’aujourd’hui et pas celles d’hier. Il y a des économistes lumineux en France qui savent ce qu’il faut faire, mais jusqu’à présent on n’a pas beaucoup tenu compte de leurs préconisations.

Pourquoi ne les a-t-on pas écoutées ? Quel est le verrou à faire sauter ?

Peut-être qu’il faut que les citoyens se manifestent massivement. C’est le paradoxe des crises : au moment où on devrait être le plus innovant et audacieux, on est le plus frileux car on a peur de briser le peu qui fonctionne encore.

La politique menée par le gouvernement vous semble-t-elle à la hauteur de l’ambition de faire de la France un exemple en matière d’écologie ?

La France n’a pas à rougir mais n’a pas non plus à se glorifier car la situation exige qu’on en fasse toujours plus. Notre pays s’est mis à niveau avec la loi sur la transition énergétique, avec la taxe carbone, avec la fin de ses crédits export au charbon. Il doit maintenant être l’ambassadeur de ces instruments dans le monde.

« L’écologie ne doit plus être un vulgaire enjeu partisan » : Vous engager avec un parti, c’est fini ? Seriez-vous prêt à travailler avec n’importe quel parti au pouvoir ?

Je travaille avec tous les hommes et femmes de bonne volonté quelle que soit leur appartenance politique, en fonction évidemment des valeurs qu‘ils véhiculent, car je considère aberrant que sur un sujet qui conditionne l’avenir de nos enfants, on puisse sous-traiter à quelques-uns ou continuer à avoir une certaine aversion. C’est irresponsable.

Mais les priorités qui se reflètent dans les résultats électoraux sont surtout le chômage ou l’immigration. Le changement climatique ne semble pas inquiéter tant que ça les électeurs…

Si on ne résout pas la crise écologique, la raréfaction des ressources naturelles et les déséquilibres climatiques, toutes nos économies vont s’effondrer. A l’inverse, si nous décidons de prendre ce sujet à bras-le-corps, nous allons avoir un nouveau modèle économique et énergétique qui va nous permettre de ne plus mettre d’argent dans l’importation d’énergie et de le réinjecter dans le pays. Le transport propre, les bâtiments à énergie positive, ce sont des emplois. Et surtout, il faut une fiscalité qui au lieu de pénaliser le travail taxe la pollution et le prélèvement de ressources naturelles.

« Le fatalisme des uns provoque le fanatisme des autres » : vous faites le lien entre le climat et le développement de l’intégrisme et la pauvreté. La crise écologique est-elle à la source de toutes les autres ?

La crise climatique et la raréfaction des ressources naturelles frappent en premier les populations les plus vulnérables qui subissent les conséquences d’un phénomène qu’elles n’ont pas provoqué et d’un modèle de développement dont elles n’ont pas profité. Dans un monde déjà excessivement tendu, c’est probablement l’inégalité de trop qui provoque de la frustration, de l’humiliation. Le refuge de ces exploités peut être l’intégrisme.

Vous parlez de « violence capitaliste », de « fixer des règles au capitalisme » : l’écologie est-elle incompatible avec le capitalisme ?

Ce n’est pas le capitalisme en général mais le capitalisme sans limites que je fustige. Celui où, parce que les actionnaires n’ont pas le retour sur investissement attendu, on va licencier des gens, celui où le manager d’un fonds spéculatif a gagné 15.000 fois le salaire d’un ouvrier, celui qui pille, qui spécule sur les ressources alimentaires, qui crée la rareté pour faire monter les prix. Mais ce capitalisme ne pourra plus durer car on est dans un monde où tout se sait et se voit.

Le scandale Volkswagen nous met face à un autre problème : si tout le monde triche, on fait comment ?

Je ne pense pas que tout le monde triche. Cette humanité qui nous donne envie de vomir n’est pas représentative de l’humanité, elle n’est même pas digne de ce mot-là. Il y a une humanité silencieuse qui, elle, va changer le monde.

Vous proposez dix engagements individuels, ça fait des années que vous répétez qu’il faut se mettre à ces petits gestes et pourtant les modes de vie évoluent très lentement. Vous n’en avez pas marre de rabâcher ?

C’est vrai, parfois je me demande pourquoi c’est si compliqué. Quand je vois qu’on en est toujours à jeter ses mégots par terre en 2015, ça donne un peu à désespérer. Mais ce n’est peut-être pas représentatif du comportement de la majorité des citoyens. Le premier engagement est de signer l’appel et de venir marcher le 29 novembre. Le reste, c’est selon les capacités de chacun.