Si 2014 a été une année chaude, attendez de voir 2015 et 2016

CLIMAT L’institut météorologique britannique met en garde contre une hausse globale importante des températures en 2014, 2015 et 2016…

Nicolas Bégasse
— 
Episode de sécheresse dans l'Ain en août 2015.
Episode de sécheresse dans l'Ain en août 2015. — KONRAD K./SIPA

Fin de la récré. Après une grosse décennie de ralentissement dans la hausse des températures, le thermomètre va à nouveau grimper pour atteindre des records en 2015 et 2016, selon une étude dévoilée ce lundi par l’Institut météorologique britannique.

L’année 2014 avait été la plus chaude jamais enregistrée depuis 135 ans, les sept premiers mois de 2015 ont été les plus chauds jamais relevés… et ce n’est pas près de s’arrêter. En cause notamment : El Niño, ce courant chaud du Pacifique équatorial dont l’intensité varie d’une année sur l’autre. Et qui revient avec force, au point de faire grimper la température moyenne mondiale à des niveaux record. « Ça ne représente peut-être que 5 % de la surface des océans, mais c’est une source énorme d’échanges de chaleur avec l’atmosphère », explique le chercheur Gilles Reverdin, océanographe au CNRS. Suffisante pour affecter la température moyenne mondiale.

Une « pause » en trompe-l’œil

Si le phénomène va faire tomber les records de chaleur, il va aussi achever de contredire les climato-sceptiques qui s’étaient emparés de la « pause » dans la hausse des températures depuis 1998 pour remettre en cause les modèles climatiques. Si cette année-là avait été si chaude, c’est parce qu’El Niño avait été inhabituellement intense. La preuve : depuis juin le phénomène revient avec force, et on prévoit qu’il pourrait durer jusqu’à la fin du printemps prochain. « Soit une année complète au cours de laquelle le Pacifique équatorial arrête de refroidir l’atmosphère, provoquant une hausse des températures globales », souligne Gilles Reverdin.

De toute façon, la « pause » dans le réchauffement n’était qu’une illusion : si la température de l’air connaît des hauts et des bas, le niveau des mers, lui, augmente de façon très régulière et continue. « La température augmente, c’est sûr, appuie Robert Vautard, directeur de recherche au CNRS. Mais ça n’empêche pas que sur une décennie particulière elle puisse avoir l’air de baisser. »

L’Europe (presque) épargnée

Et nous dans tout ça ? La France et l’Europe sont trop éloignées du Pacifique pour être directement touchées par l’effet El Niño. Notre bout de globe pourrait même connaître des étés moins chauds et plus secs, selon l’étude britannique.

Mais ça ne durera pas : d’une part, la tendance générale au réchauffement contrebalancera le léger refroidissement de l’Atlantique et restera prépondérante. D’autre part, comme le rappelle Robert Vautard, « plusieurs études montrent que l’Europe ne sera pas épargnée par le réchauffement ». Le scientifique en cite une, publiée l’an dernier, qui montre que dans une hypothèse de réchauffement à 2°C, « l’Europe se réchaufferait davantage que la moyenne mondiale, avec une amplification de la chaleur causée au Sud par la sécheresse, et au Nord par la fonte de la neige». Qu’on se le dise : si des records s’établissent en ce moment, ils finiront par tomber.