Solar Impulse 2 à moins de deux heures d'Hawaï

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Photo prise le 29 juin 2015 par le projet Solar Impulse montrant le lever du soleil peu après le décollage de l'avion solaire de l'aéroport de Nagoya au Japon
Photo prise le 29 juin 2015 par le projet Solar Impulse montrant le lever du soleil peu après le décollage de l'avion solaire de l'aéroport de Nagoya au Japon — Solar Impulse Solar Impulse

Près de 120 heures de vol au-dessus de l'océan Pacifique à la seule énergie solaire: l'avion Solar Impulse 2 devait se poser vers 16H00 GMT vendredi à Hawaï après une traversée de plus de 8.000 kilomètres, battant le record mondial de vol en solitaire.

André Borschberg «J'ai fait des petites pauses (...) mais je suis bien réveillé maintenant», a indiqué vers 12H30 GMT au poste de contrôle l'homme d'affaires et pilote suisse André Borschberg, la voix fatiguée.

Il lui restait alors un peu plus de 180 km à faire, soit 3h30 de vol. Il fait des siestes de 20 minutes seulement pour pouvoir garder le contrôle de l'appareil.

Les organisateurs avaient tweeté une dizaine d'heures plus tôt: «@andreborschberg est fatigué. Avec des turbulences à 2.400 mètres d'altitude et un front froid proche, LA SITUATION EST DIFFICILE».

L'avion expérimental doit atterrir à l'aéroport Kalaeloa, sur l'île principale de Oahu, à environ 30 kilomètres à l'ouest d'Honololu.

A 13H45 GMT, il volait depuis 4 jours 19 heures et 46 minutes --soit environ 116 heures-- à une vitesse comprise entre 40 et 50 km/h. Il avait effectué 98% du trajet.

André Borschberg a d'ores et déjà largement battu le précédent record mondial de vol en solitaire établi en 2006 par Steve Fossett, qui avait volé pendant 76 heures et 45 minutes (un peu plus de trois jours).

«C'est vraiment un moment incroyable. Nous avons aperçu André il y a cinq minutes. Vous imaginez d'où il arrive? Du Japon!», a déclaré dans un entretien avec les organisateurs, le second pilote de l'appareil, le Suisse Bertrand Piccard. «Cinq jours et cinq nuits dans les airs», a-t-il relevé, très ému.

«Il est là, à quelques centaines de mètres au-dessus de la mer. C'est absolument fantastique», a-t-il poursuivi. «Il a volé aussi longtemps sans absolument aucun carburant. (...) C'est quelque chose d'historique».

- Une silhouette dans la nuit hawaïenne -

Des images en direct de l'appareil étaient diffusées sur le site internet de l'expédition, et les premières photos ont été postées sur Twitter @solarimpulse. L'approche se faisant de nuit, seuls les phares de l'avion permettaient d'apercevoir sa longue silhouette.

M. Piccard se trouve à l'arrivée de Solar Impulse 2, et prendra les commandes pour la prochaine escale qui devrait relier l'archipel d'Hawaï à Phoenix, en Arizona (sud-ouest des Etats-Unis).

L'avion, qui avait aussi dû patienter auparavant un mois en Chine, était parti le 9 mars d'Abou Dhabi pour un tour du monde, le premier d'un avion propulsé par l'énergie solaire, de 35.000 kilomètres destiné à promouvoir l'usage des énergies renouvelables.

L'avion dont les ailes sont couvertes de cellules photovoltaïques, charge ses batteries la journée et marche à l'énergie électrique accumulée la nuit.

M. Borschberg est seul dans la cabine non pressurisée de 3,8 mètres cubes. Volant à des altitudes allant jusqu'à 9.000 mètres, il doit utiliser des bouteilles d'oxygène pour respirer, et il doit subir de grandes variations de températures lors d'une même journée.

Le pilote s'est minutieusement préparé à cette épreuve d'endurance, de même que Bertrand Piccard qui vole en alternance sur le Solar Impulse.

Ce psychiatre, qui vient d'une famille d'explorateurs, a déjà réalisé le premier tour du monde en ballon sans escale.

«Le but est de se sentir à l'aise pour être capable d'accepter mentalement, et même d'aimer, être dans ce cockpit durant une période aussi longue», a raconté André Borschberg.

«J'utilise des techniques de yoga et de méditation, et mon partenaire d'auto-hypnose, pour nous détendre», avait-il précisé.