Montagne: Comment mesure-t-on la taille exacte du mont Blanc?

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE L’expédition de géomètres experts livrera le 10 septembre la taille du plus haut sommet d’Europe au centimètre près…

Romain Scotto

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Vue du refuge du Goûter à 3.835 mètres, sur la voie d'ascension du Mont-Blanc, le 3 octobre 2012
Vue du refuge du Goûter à 3.835 mètres, sur la voie d'ascension du Mont-Blanc, le 3 octobre 2012 — Jean-Pierre Clatot AFP

Tous les deux ans, Philippe Borrel enfile sa plus grosse doudoune et une bonne paire de moufles. Avec une vingtaine de géomètres experts, il participe à l’ascension du mont Blanc destinée à mesurer au centimètre près sa taille réelle. Un exercice de précision au service de la science, effectué par l’arrête Nord du dôme depuis mardi après-midi. L’altitude exacte du plus haut sommet européen sera dévoilée le 10 septembre, après une prise de mesure en deux temps.

La première étape consiste à trouver le point culminant du sommet. D’une année sur l’autre, celui-ci évolue légèrement. Oubliez les 4,807 m des manuels d’histoire-géo. Les chiffres officiels sont les suivants : 4.808,45m en 2003, 4.810,45m en 2007, 4.810,02m en 2013 selon le dernier relevé. Si le chiffre varie, cela n’est pas directement dû au réchauffement climatique expliquent les chercheurs. « Au-delà de 4,000 m, la température passe rarement au-dessus de 0°C. La neige fond très lentement », explique Philippe Borrel. D’autant que le mont Blanc a tendance à croître lentement.

Une légère translation en direction de l’Italie

Le vent, les précipitations et les passages répétés des alpinistes auraient en revanche une réelle incidence sur l’altitude de la « calotte sommitale ». La localisation du point culminant n’est pas non plus la même d’une année sur l’autre. A l’œil nu, les scientifiques observent parfois un sommet lissé, ou une arête est ouest effilée. Ces dernières années, une translation de 26 m vers l’Italie a même été relevée.

Une fois le sommet atteint, les scientifiques plantent donc une mini-canne sur laquelle est installé un GPS de haute définition. Quand un GPS de voiture indique une position avec une précision de 5 à 10 m, celui des géomètres du mont Blanc est plutôt de l’ordre de 2 à 5 cm. « Quelques secondes suffisent pour avoir l’info de l’altitude », poursuit Philippe Borrel.

Le volume de glace en question

Les mesures durent 1h30 au total puisque l’enjeu est aussi de calculer le volume de glace qui recouvre le sommet, au-dessus de 4.800 m. Dans un deuxième temps, les géomètres « scannent » donc ces quelques mètres de glace accumulés sur la roche granitique du toit de l’Europe occidentale (20,213 m cube en 2013). « On effectue cette opération avec une antenne mobile, précise le géomètre montagnard. On se déplace avec sur une centaine de mètres pour faire un modèle numérique du sommet et calculer son volume. » Entre 500 et 1.000 points imaginaires quadrillent le sommet pour en dessiner une forme représentative en 3D.

Le volume de cette calotte étant toujours en corrélation avec la hauteur du point sommital, sa déformation serait également due aux précipitations et au vent. On saura ainsi dans deux jours si les conditions météo des deux dernières années ont favorisé sa crise de croissance. Ou s’il commence à se tasser légèrement.