Climat: «Il ne faut pas s’attendre à ce que la COP21 nous sauve»

INTERVIEW Le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, refuse de croire à un «accord miracle» à l'issue de la Conférence Climat...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. — © Jacob Khrist

A moins de 100 jours de la Conférence climat (COP21) qui va voir les négociateurs du monde entier se réunir à Paris, plusieurs ONG dont Greenpeace France ont appelé le gouvernement à prendre sans tarder plusieurs mesures pour se montrer « exemplaire ». 20 Minutes a demandé au directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard* d’évaluer les chances de succès de la Conférence.

Est-ce que c’est bien parti, cette COP 21 ?

Non ce n’est pas bien parti, parce que la France, représentée par Laurent Fabius et François Hollande, voit cette conférence comme un événement diplomatique uniquement. Ils font beaucoup d’efforts là-dessus, mais la réussite de la COP21 ne peut pas se mesurer qu’à ce volet diplomatique. Il faut que le pays hôte, la France, soit exemplaire – elle ne l’est pas, loin de là, notamment parce qu’elle continue de subventionner les centrales à charbon, parce qu’elle reste attachée au nucléaire…

Obama plus libre en fin de mandat, la Chine plus polluée que jamais, la puissance de la diplomatie française… la COP 21 n’a-t-elle pas une chance unique d’aboutir à un accord qui change la donne ?

Que la COP21 représente la meilleure chance d’aboutir à ce type d’accord, peut-être, c’est en tout cas ce que dit le gouvernement. Mais on connaît déjà les engagements chiffrés de beaucoup de pays, dont la Chine et les Etats-Unis, et on sait que ce n’est pas suffisant. Même s’il reste quelques gros pays comme le Brésil qui n’ont pas encore dévoilé leurs engagements, ce ne sera pas suffisant. On n’aura pas un accord ambitieux. La Conférence climat 2015 à Paris n’aboutira pas sur un accord miracle.

Alors il n’y a pas d’espoir ?

Ce qu’on dit, c’est qu’il ne faut pas s’attendre à ce que la COP21 nous sauve. Ce qui peut nous sauver du dérèglement climatique, c’est ce qui se passe « dans la vraie vie », chez les citoyens qui sont nombreux à avoir compris qu’il fallait passer à l’action. Ce mouvement est en marche, et c’est plus sur lui qu’il faut compter que sur la Conférence climat. Cette action citoyenne est mondiale, mais il est peut-être plus difficile de la lancer en France, à cause de l’importance du nucléaire qui ne laisse pas assez de place aux énergies renouvelables et à la transition énergétique.

*Auteur de Les veilleurs du ciel (ed. Don Quichotte) à paraître le 17 septembre