«Les tortues marines sont menacées par tous les plastiques»

INTERVIEW Le scientifique Jean Lescure alerte sur les dangers qui menacent les tortues de mer…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Cette tortue Luth a été trouvée le 21 juillet 2011 sur une plage de l'Ile d'Oléron, emmaillée dans un filet de pêche
Cette tortue Luth a été trouvée le 21 juillet 2011 sur une plage de l'Ile d'Oléron, emmaillée dans un filet de pêche — DR/AQUARIUM DE LA ROCHELLE

Elles parcourent des milliers de kilomètres pour rejoindre leurs lieux de ponte. Mais en chemin, des pièges les attendent : sacs plastiques, filets de pêche et bateaux font courir de grands risques aux tortues marines. Jean Lescure, membre du groupe Tortues marines de la Commission de survie des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) et attaché honoraire au Muséum national d’histoire naturelle, nous explique pourquoi les tortues doivent être protégées.

Combien d’espèces de tortues marines compte-t-on dans les eaux en France ?

Il n’y a que cinq à six espèces de tortues marines dans le monde entier. La tortue luth est la plus spectaculaire, elle fait plus de 2 m de long et peut peser facilement jusqu’à 500 kilos. Elle peut être observée sur les plages de Guyane et on la retrouve assez régulièrement au large de La Rochelle et de l’Ile de Ré pendant l’été puisqu’elle suit les bancs de méduses.

Peut-on observer de grandes tortues marines en France ?

Il y a un grand nombre de tortues marines dans les eaux de métropole, en Atlantique et en Méditerranée. Elles sont plus nombreuses du côté méditerranéen car il y a des sites de ponte en Méditerranée orientale et surtout de très grandes migrations de jeunes tortues caouannes nées sur les côtes de Floride qui sont emportées par les courants et arrivent sur les côtes européennes. On en compte 20.000 à 25.000 qui entrent par le détroit de Gibraltar. Elles remontent ensuite le long des côtes espagnoles, françaises et italiennes et séjournent pendant six ou sept ans en Méditerranée avant de repartir vers l’Atlantique. Une fois adultes, elles se reproduiront au large des côtes de Floride.

Les tortues marines sont-elles menacées par les activités humaines ?

Même s’il n’y a plus de pêche intentionnelle après les grandes campagnes de sensibilisation, on déplore toujours des prises accidentelles de tortues par les pêcheurs en Méditerranée et aux Antilles notamment par les palangres, les hameçons et les filets posés longtemps ou qui drainent le fond. Néanmoins, on a appris aux pêcheurs à manier les tortues marines prises dans les filets pour les remettre à l’eau et des actions ont été entreprises pour modifier la forme des hameçons : s’ils sont bien recourbés, ils ne provoquent pas de graves blessures. Les tortues sont également menacées par tous les plastiques, à la fois les sachets plastiques qu’elles confondent avec des méduses et les avalent ce qui leur provoque des occlusions intestinales, mais aussi les petits déchets plastiques qui flottent et qu’elles confondent avec des aliments. Enfin, les collisions avec les bateaux, en Méditerranée ou aux Antilles, sont un risque pour les tortues. La navigation de plaisance augmente et les tortues peuvent être blessées par des hélices de bateaux.

Lire notre reportage au Gabon : Les plages des tortues disparaissent

Comment les protéger ?

Tout un réseau de centres de soins a été mis en place dans le monde entier pour soigner les tortues blessées. Mais éviter les collisions n’est pas évident, surtout avec des bateaux rapides. Dans toutes les eaux françaises, comme à peu près partout dans le monde, les tortues marines sont protégées et il y a eu une très bonne collaboration de la part des pêcheurs professionnels.