VIDEO. Pourquoi la mort de Cecil le lion émeut autant les internautes?

ANIMAUX Réaction de classe, évolution des consciences, l'émotion suscitée par la mort du lion Cecil au Zimbabwe s'appuie sur divers mécanisme psychologiques et philosophiques...

Hélène Sergent

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Après quarante heures d'agonie, le lion Cecil a été tué à coup de fusil.
Après quarante heures d'agonie, le lion Cecil a été tué à coup de fusil. — ZIMBABWE NATIONAL PARKS / AFP

Chassé, dépecé et décapité. La violence de la mort du lion Cecil, animal emblématique du parc national de Hwange au Zimbabwe, a suscité une vague d’émotion à travers le monde. Selon les chiffres de l’association LionAid, 1.166 lions auraient été tués et importés en Europe entre 2008 et 2012.

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Mais l’indignation née suite à la traque et à la mise à mort de Cecil repose sur divers leviers d’ordre psychologiques et philosophiques.

« Une réaction de classe »

Véronique Servais, psychologue et enseignante-chercheure en anthropologie spécialisée dans l’interaction et la communication entre humains et animaux comprend l’émotion provoquée par l’événement : « En plus de la mise à mort d’un animal noble et personnifié, c’est le fait que n’importe qui puisse s’offrir cette mise à mort pourvu qu’il y mette le prix, qui fait réagir. »

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Le dentiste américain à l’origine de la mort de Cecil, Walter Palmer aurait ainsi déboursé près de 50.000 dollars pour chasser l’animal. Une dimension économique qui a pesé dans la mobilisation qui a suivi la publication des premiers articles sur le sujet selon l’anthropologue : « A cela s’ajoute probablement une réaction de classe : ainsi donc, "les riches" peuvent tout s’acheter, même ce qui ne s’achète pas. »

Un vide intérieur

Corine Pelluchon, professeure de philosophie à l’université de Franche-Comté
(Besançon) spécialiste de la question animale partage cette analyse : « Le massacre du lion Cecil témoigne du fait que certains hommes considèrent encore les animaux comme des objets. Ils les chassent ou les traquent pour les dominer, pour jouir de leur puissance sur un autre, un animal en l’occurrence. La chasse est en cause ici, car elle n’obéit aujourd’hui à aucune nécessité alimentaire et reflète le vide intérieur d’un individu qui a besoin d’afficher un trophée pour se sentir exister. »

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L’enseignante voit également en cette mobilisation une évolution de la société : « Ça ne se serait probablement pas passé de la même façon il y a dix ans. De plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer que notre dignité passe par le respect des animaux. Même le Pape François, dans son encyclique, évoque la « valeur intrinsèque de l’animal ». Dans un communiqué diffusé mardi l’auteur des faits, grand habitué des chasses et autres safaris, a exprimé ses regrets mais s’est défaussé sur ses intermédiaires, expliquant qu’il avait fait « confiance à l’expertise des guides locaux professionnels afin de chasser dans un cadre légal ».