Les bateaux de croisière polluent les ports et les mers

ENVIRONNEMENT L’association France Nature Environnement a mesuré les émissions de particules des bateaux à quai…

Audrey Chauvet

— 

La croisière a attiré 8% de passagers français supplémentaires en 2013 soit 520.000, contre 481.000 en 2012, selon des chiffres provisoires de l'Association internationale des compagnies de croisières (CLIA).
La croisière a attiré 8% de passagers français supplémentaires en 2013 soit 520.000, contre 481.000 en 2012, selon des chiffres provisoires de l'Association internationale des compagnies de croisières (CLIA). — Gerard Julien AFP

Ce sont de véritables immeubles flottants qui s’alignent dans les ports français durant l’été. Les bateaux de croisière, qui peuvent transporter jusqu’à 6.000 passagers et 2.000 membres d’équipage, ont peut-être un impact économique positif pour les villes où ils font escale mais leur impact écologique fait peur : d’après l’association France Nature Environnement (FNE), un bateau émet autant de particules fines et d’oxyde d’azote qu’un million de voitures.

L’association en a fait la démonstration ce mardi sur le Vieux Port de Marseille : ils ont mesuré les émissions de particules extrafines près du terminal des bateaux de croisière. Résultat, on respire 60.000 de ces particules par centimètre cube d’air sur les quais, à comparer aux 3.000 par centimètre cube au parc du Pharo, à quelques encablures.

Des bateaux branchés

Si les bateaux polluent autant, c’est à cause du fioul lourd qu’ils utilisent : ce fioul peu raffiné a « une teneur en soufre plus de 3.500 fois supérieure à celle du diesel des voitures », chiffre Adrien Brunetti, chargé de mission santé et environnement de FNE. Ces émissions provoquent, d’après l’association, un risque accru de « maladies respiratoires, décès prématurés et cancer des poumons. »

Le problème, c’est que les bateaux ne polluent pas seulement quand ils naviguent mais aussi quand ils mouillent : à quai, ils produisent leur propre électricité en laissant tourner les moteurs. Pour résoudre ce problème, les gestionnaires du port de Marseille ont promis d’installer d’ici à l’automne un système d’alimentation électrique pour les bateaux qui leur permettront de couper les gaz. Mais ce dispositif ne concernera que les bateaux de la compagnie La Méridionale, qui relie Marseille à la Corse et à la Sardaigne. Olivier Varin, directeur général adjoint en charge des opérations au sein de la compagnie, expliquait à Corse Matin que ces installations, qui ont coûté 4,4 millions d’euros dont 2,9 millions à la compagnie, vont « éviter de rejeter dans l’atmosphère une quantité de C02 et de particules équivalente à celle produite par 3.277 voitures effectuant chaque jour l’aller-retour entre Marseille et Aix, ainsi que l’oxyde d’azote rejeté quotidiennement par 65.178 véhicules sur le même parcours. »

Changer le carburant

Plusieurs ports méditerranéens français ont montré un intérêt pour ce dispositif, mais peu se sont jetés à l’eau. Pour Adrien Brunetti, il faudrait déjà « changer le carburant et installer des filtres à particules fines » sur les bateaux. Il appelle les gouvernements à mettre en place des zones de contrôle des émissions de soufre en Méditerranée, comme c’est déjà le cas en mer Baltique, en mer du Nord et dans la Manche. Dans ces zones SECA (Sulphur Emission Control Areas), l’Organisation maritime internationale impose des limites d’émissions qui obligent les bateaux à utiliser d’autres types de carburants moins polluants. La Méditerranée pourrait entrer dans la liste des SECA à l’horizon 2020-2025. Un peu tard, regrette FNE.

De son côté, l'Association International Cruise Lines (CLIA), qui représente plus de 95% de l'industrie des croisières dans le monde entier, rappelle que ses membres se sont engagés à installer des systèmes de post-traitement des gaz d'échappement sur les nouvelles constructions pour réduire les émissions de polluants atmosphériques. «Grâce aux systèmes de lavage des fumées, ces émissions ont été réduites de 90% et même plus», écrit CLIA. Les membres de CLIA «travaillent également à moderniser de nombreux navires existants avec ces technologies de traitement» et planchent aussi sur le «le développement de filtres à particules, des épurateurs, les carburants maritimes alternatifs, et l'utilisation de gaz naturel liquéfié à la fois lorsqu'ils sont à quai et en mer, entre autres mesures innovantes».