Maud Fontenoy, la carte verte (pâle) de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE L’ex-navigatrice prend des positions qui choquent les écologistes…

Audrey Chauvet

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Le président français Nicolas Sarkozy nomme la navigatrice Maud Fontenoy Chevalier de l'ordre national du Mérite, Paris, le 12 juillet 2007.
Le président français Nicolas Sarkozy nomme la navigatrice Maud Fontenoy Chevalier de l'ordre national du Mérite, Paris, le 12 juillet 2007. — J-P. PELISSIER / REUTERS

Le principe de précaution, ce n’est pas la tasse de thé de Maud Fontenoy. Elle en prend d’ailleurs peu, des précautions, pour parler d’écologie : ce mercredi matin, sur France Inter, l’ancienne navigatrice fraîchement nommée déléguée à l’environnement chez les Républicains, a réaffirmé des positions qui lui valent les sifflets de la grande majorité des écologistes.

Prudence à géométrie variable

Que dit Maud Fontenoy de si grave ? Hormis quelques maladresses lexicales (« L’huile de palme a "permis" de déforester certains endroits »), la nouvelle carte verte de Nicolas Sarkozy a systématiquement navigué à contre-courant des idées largement partagées par les défenseurs de l’environnement. Sur l’interdiction à la vente-libre pour les particuliers du Roundup annoncée hier par la ministre de l’Ecologie, elle a estimé que « les études sont très controversées, il faut rester très prudent. Soit c’est réellement cancérigène et il faut l’interdire partout, sinon nulle part. »

Les études du Circ sont-elles si controversées que ça ?

Une prudence que Maud Fontenoy abandonne quand il s’agit des gaz de schiste : « On ne peut pas par principe arrêter la recherche », juge-t-elle, alors que c’est en 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qu’a été votée la loi interdisant la fracture hydraulique, seule méthode connue d’exploration et d’exploitation des gaz de schiste. Maud Fontenoy a également estimé qu’il y avait aujourd’hui « des diesels qui ne polluent pas », que les pics de pollution aux particules fines « viennent en majeure partie de l’usure des pneus et des rails » et que nous respirons plus de particules fines dans le métro que dans la rue les jours de pic de pollution.

A quoi sont dues les particules fines ? Au diesel, essentiellement.

Une pétition pour « débarquer Maud Fontenoy » des écoles

« On bosse 15 heures par jour pour faire bouger les choses et des prises de parole comme ça ne font rien avancer », enrage Mathieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Hulot. « Elle prend en permanence le contre-pied de ce que l’on essaye de défendre, chacun a le droit d’avoir ses idées mais on ne peut pas prendre des positions aussi tranchées et dogmatiques qui nient les apports de la science, surtout si on le fait au nom de l’écologie. » Déjà visée par une pétition, « Débarquons Maud Fontenoy » qui demande au gouvernement d’exclure des écoles les kits pédagogiques édités par sa fondation, Maud Fontenoy est désormais couramment qualifiée « d’imposture écologique ».

Ce qui n’a pas arrêté Nicolas Sarkozy, qui l’a hissée au poste de déléguée à l’environnement des Républicains. « L’environnement n’est pas le premier problème de Nicolas Sarkozy, note Daniel Boy, spécialiste de l’écologie politique. En 2007, il s’était ouvert à Hulot, il allait vers le centre sur ce sujet. Aujourd’hui, il s’est clairement orienté à droite et a choisi une écolo de droite pure et dure. Ça n’a de toute façon pas beaucoup d’importance pour sa stratégie électorale car le Grenelle de l’environnement ne lui a pas rapporté de voix. » « Nicolas Sarkozy est en recul sur les sujets écologiques », ajoute Mathieu Orphelin. L’écologie de droite « réaliste et modérée » que veut porter Maud Fontenoy pourrait surtout être une écologie qui accepte d’être un sujet mineur au sein de son parti.