Le périphérique à Paris le 10 avril 2015 un jour de pollution
Le périphérique à Paris le 10 avril 2015 un jour de pollution — Miguel Medina AFP

ENVIRONNEMENT

La pastille verte est-elle vraiment efficace pour lutter contre la pollution?

Ségolène Royal a annoncé le retour de ces autocollants sur les pare-brises…

Du bleu au gris, les pastilles destinées à identifier les véhicules selon leur niveau de pollution entreront en vigueur dès le 1er janvier 2016. La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, espère ainsi inciter les Français à se doter de voitures peu polluantes pour bénéficier d’avantages comme le stationnement gratuit ou le droit de circuler lors des pics de pollution. Mais cette mesure permettra-t-elle vraiment de faire réduire la pollution ?

La pastille verte, comment ça marche ?

Pas encore de zones de circulation restreinte définies

Les zones de circulation restreinte où ne pourraient entrer que les voitures les moins polluantes ne sont pas encore définies. « La pastille est une mesure indispensable, mais il faudrait mettre en place un les zones d’interdiction et des transports de substitution pour laisser son véhicule quand on arrive en centre-ville », estime Benoît Hartmann, porte-parole de France nature environnement (FNE).

Une application laissée à la volonté des mairies

Chaque ville sera libre de définir les zones et les règles de circulation. Si la ministre de l’Ecologie a convaincu le maire écolo de Grenoble, plusieurs villes y sont opposées. A Paris, les voitures les plus polluantes devraient être interdites dès le 1er juillet 2016. « Grâce aux pastilles de certification, les services de la Préfecture de Police seront à même de contrôler plus efficacement la circulation des véhicules polluants », indique la mairie de Paris dans un communiqué.

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Si on continue à polluer à côté, ça ne sert à rien

D’après une étude du Health Effect Institute réalisée en 2011 sur la ville de Londres, qui a mis en place un péage urbain en 2003, la qualité de l’air ne s’est pas vraiment améliorée malgré une réduction du trafic. A Paris, les zones les plus polluées se situent souvent en banlieue, sur le périphérique et les autoroutes. Les habitants de Paris intra-muros pourraient ainsi être les seuls à bénéficier réellement de la mesure.

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Une mesure encore facultative qui risque de créer un clivage social

L’apposition de la pastille restera facultative : seules les voitures non polluantes auront donc intérêt à s’en doter pour bénéficier des avantages qu’elle leur donnera. « On ne sait pas sur quelle proportion du parc automobile cela va avoir une influence, commente Benoît Hartmann. De plus, il faudrait prendre en compte d’autres critères : le covoiturage devrait bénéficier d’un classement plus avantageux, par exemple. » Sébastien Vray, président de l’association Respire, s’inquiète de l’apparition d’une sorte de « passe-droit qui serait réservé à ceux qui ont les moyens d’acheter une voiture neuve ».

« Ce n’est pas en donnant 500 euros aux plus modestes qu’on va les encourager à remplacer leur vieux véhicule »

Nécessaire pour les pics de pollution

Plutôt que l’arbitraire filtrage selon les plaques d’immatriculation, les pastilles permettront de mieux gérer les pics de pollution en n’autorisant que les voitures les moins polluantes à circuler. « Cela peut contribuer à désacraliser l’automobile dans l’esprit des Français », estime Sébastien Vray. « Mais il ne faudrait pas croire que les voitures avec des pastilles vertes ne polluent pas : elles laissent souvent passer des particules ultrafines. »

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