Conférence climat: «La France est en train de faire un exercice extraordinaire et difficile»

INTERVIEW Alors que les négociations sur le climat de la fin de l’année se préparent à Bonn, Teresa Ribera, la directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, fait le point sur le rôle de la France…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Laurent Fabius au sommet des Nations unies sur le climat à Bonn, le 1er juin 2015.
Laurent Fabius au sommet des Nations unies sur le climat à Bonn, le 1er juin 2015. — Martin Meissner/AP/SIPA

Fin novembre, Paris deviendra la capitale mondiale du climat. Plus de 20.000 délégués de 195 pays se retrouveront au Bourget pour tenter de parvenir à un accord global sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Après de nombreux échecs, ce sommet des Nations unies (COP21) pourrait être crucial alors que les effets du réchauffement climatique deviennent de plus en plus tangibles. Pour Teresa Ribera, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), la France qui accueille et préside la COP21 a des atouts dans sa manche pour parvenir à un accord.

Conférence climat à Paris : A-t-on une chance d’aboutir à un accord international ?

Six mois avant la COP21 à Paris, les négociations se préparent à Bonn jusqu’au 11 juin. A quoi sert ce sommet intermédiaire ?

La chose la plus importante à faire à Bonn est d’essayer de réduire les désaccords entre pays. Le texte des négociations pour l’instant fait 100 pages et on a l’impression que les négociateurs arrivent comme si leur rôle était de camper sur leurs positions jusqu’à la fin. Or, nous n’avons pas vraiment de temps et je crois qu’il est très important qu’ils comprennent qu’on ne peut pas gérer un texte de 100 pages avec toutes les options dedans. Il faut être beaucoup plus clair.

Qu’est-ce qui pourrait amener les négociateurs à changer d’attitude ?

Il faut des instructions claires des gouvernements, qui doivent demander à leurs négociateurs de se mettre d’accord et non pas de camper sur leurs positions. Je crois que cet état d’esprit est assez partagé maintenant, nous ne sommes plus dans une attitude qui a longtemps prévalu de dire "je ne fais rien parce que vous ne faites rien".

La question du financement reste néanmoins difficile à résoudre ?

Les pays les plus pauvres ont toujours peur de s’engager sans avoir une idée claire du financement de la transformation de leur modèle de développement. Les pays développés ont pour leur part une attitude encore assez défensive : ils disent qu’il n’est question d’envoyer des fonds mais préfèrent envoyer des signaux pour mobiliser tous les investissements, publics et privés. C’est peut-être la question la plus délicate mais les choses sont en train de changer : le secteur financier, bancaire et les fonds d’investissement ont maintenant intégré le fait que l’économie n’est plus uniquement basée sur le pétrole et le charbon, ils prennent leurs décisions différemment.

Ségolène Royal a étrillé le fonctionnement des négociations onusiennes, les jugeant trop lentes par rapport à l’urgence climatique. Faut-il trouver d’autres manières d’avancer ?

Le changement climatique pose un défi de gouvernance globale qu’on ne peut pas traiter sans la participation de tout le monde. Je pense qu’il faut conserver ce cadre des Nations unies qui donne une légitimité aux décisions, nous n’avons pas d’alternative. Toutefois, les décisions de chaque pays doivent être cohérentes dans le domaine de l’énergie ou des finances, qu’elles prennent en compte un futur sans carbone et résilient au changement climatique.

La France, qui accueille la COP21, est-elle cohérente dans sa politique intérieure avec ces enjeux mondiaux ?

La France est en train de faire un exercice extraordinaire et difficile. Comme tout le monde, la France a des difficultés et en même temps elle doit faire de son mieux pour rester crédible. Elle fait un effort formidable pour transformer son système de l’intérieur avec notamment la loi sur la transition énergétique. Parallèlement, elle joue le rôle d‘arbitre dans les négociations mondiales en essayant d’obtenir le plus d’engagements possibles de chacun. Ce n’est pas une tâche facile mais je trouve que l’équipe s’en sort bien.

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