Le commerce équitable est-il encore à la mode?

CONSOMMATION La Quinzaine du commerce équitable, qui débute le 9 mai, veut remettre les petits producteurs du sud en tête de gondole…

Audrey Chauvet

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De nouveaux labels bio et commerce équitable apparaissent dans les rayons.
De nouveaux labels bio et commerce équitable apparaissent dans les rayons. — DURAND FLORENCE/SIPA

Les paquets de café affichant les visages souriants de paysans sud-américains ont-ils toujours les faveurs des consommateurs? Alors que la traditionnelle Quinzaine du commerce équitable débute ce samedi, les produits issus de cette forme d’échange garantissant de meilleurs revenus aux petits producteurs du Sud semblent s’être fait voler la vedette par les produits biologiques ou locaux dans les paniers des consommateurs «responsables».

Equitable et bio

D’après le sondage BVA réalisé pour Max Havelaar en avril, seulement 28% des Français sont des acheteurs réguliers de produits équitables (au moins une fois par mois) tandis que 62% consomment régulièrement des produits bio, selon le baromètre annuel de l’Agence bio. Pour Elizabeth Pastore-Reiss, directrice générale déléguée du cabinet GreenFlex, cette tendance est à lier avec «l’égologie»: «Cette consommation reflète les préoccupations de santé qui ont pris le pas sur les conditions sociales à l’autre bout du monde. C’est "moi d’abord"», estime-t-elle.

«Il n’y a pas de concurrence entre le bio et l’équitable, mais une convergence», assure pour sa part Emilie Durochat, de la Plateforme pour le commerce équitable (PFCE). Une convergence qui se matérialise sur les tablettes de chocolat ou les sachets de café par une multiplication des labels: la part des produits bio et équitables dans le chiffre d'affaires du secteur est passée de 63% en 2012 à 70% en 2014.

Un prix équitable pour les producteurs français

Alors qu’au départ ce sont les «équitables» qui se sont mis à faire du bio, ce sont maintenant les bios qui lorgnent sur l’équitable: «Nous nous rapprochons de producteurs français qui sont arrivés à la conclusion que ça ne suffisait pas de faire du bio, explique Emilie Durochat. Jusqu’à présent, la bio était bien rémunérée car la demande était supérieure à l’offre, mais avec l’augmentation du nombre de parcelles cultivées en bio, le prix pourrait bientôt ne plus suffire à rémunérer ces pratiques environnementales exigeantes. Les producteurs français veulent donc aller vers des prix plus justes, plus rémunérateurs et nous travaillons avec eux à déterminer ce que serait un prix équitable en France.»

Pas de guerre entre le poireau et le café

Alors que 38% des Français disent ne pas acheter davantage de produits équitables parce qu’ils préfèrent privilégier les produits français, d’après le sondage Max Havelaar, faire du local équitable est aussi une manière de répondre aux attentes des consommateurs. «Nos clients trouvent du sens dans les circuits courts, ils veulent une relation humaine avec la personne qui produit ou qui transforme le produit», estime Claude Gruffat, président de la chaîne de magasins Biocoop.

Dans ses magasins, l’offre de produits locaux estampillés équitables représente 15% des rayons, contre 7 à 8% pour les produits équitables venant du Sud. Pas d’inquiétude toutefois à avoir pour les producteurs de café ou de cacao: «L’équitable concerne à 90% des produits exotiques qui ne pousseront jamais en France, rappelle Emilie Durochat. Il n’y a pas lieu d’opposer le poireau du coin au café équitable.»