Mission Pelgas: «Les stocks d’anchois se sont reconstitués dans le golfe de Gascogne»

INTERVIEW Le chef de la mission scientifique de l’Ifremer nous explique comment on compte les poissons dans l’océan…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

— 

La Thalassa, le bateau scientifique de l'Ifremer, à quai à Brest.
La Thalassa, le bateau scientifique de l'Ifremer, à quai à Brest. — GILE MICHEL/SIPA

Pour s’endormir, les scientifiques de  la mission Pelgas ne comptent pas les moutons, mais les poissons. Plus précisément, les anchois et les sardines, que l’Ifremer recense dans le golfe de Gascogne jusqu’au 20 mai, en collaboration avec les pêcheurs français. Mathieu Doray, chef de la mission Pelgas, est à bord de la Thalassa, le bateau de l’Ifremer, depuis le 29 avril. Il nous explique comment se passe cet inventaire.

Comment peut-on évaluer le stock de poissons présents dans le golfe de Gascogne?

On utilise des appareils acoustiques qui envoient des ultra-sons dans l’eau et détectent les bancs de poissons. On fait ensuite des pêches d’identification sur les zones détectées par les sonars pour déterminer la composition des bancs: les espèces, la longueur des poissons, leurs âges… C’est en combinant tous ces paramètres biologiques avec les données obtenues par acoustique qu’on peut déterminer la biomasse totale. Une autre équipe compte les œufs d’anchois et de sardines et nous étudions aussi le zooplancton dont se nourrissent les poissons, ainsi que leurs prédateurs, oiseaux et mammifères marins, pour avoir une vision de tout l’écosystème pélagique du golfe de Gascogne.

Pourquoi cibler les anchois et les sardines?

Ce sont nos deux espèces cibles car leur stock est géré au niveau du golfe de Gascogne. Un groupe d’évaluation se base sur les données de notre campagne et sur celles de scientifiques espagnols pour proposer une quantité de poisson que l’on peut raisonnablement pêcher pour assurer la viabilité du stock. Cette quantité est transmise à l’Europe qui statue sur le total admissible de capture. Cela se fait pour le moment uniquement pour les anchois mais les sardines sont aussi suivies pour connaître l’évolution de la population et la pression de pêche qu’elle subit.

Comment vont les anchois et les sardines en ce moment?

L’état des stocks est très bon, nous avons constaté un maximum pour les anchois en 2012 et depuis le stock se maintient à un niveau élevé. Cette reconstitution a pu avoir lieu car la pêche aux anchois a été fermée entre 2007 et 2010. Depuis, des règles de gestion beaucoup plus strictes ont été imposées et elles portent leurs fruits. 

Comment se passe le partenariat entre les scientifiques et les pêcheurs?

La coopération date de 2007. Concrètement, deux bateaux de pêche nous suivent pendant les 20 premiers jours de la campagne et nous aident à faire les pêches d’identification sur les bancs de poisson. Ils nous transmettent des échantillons que nous analysons à bord. Le fait de les associer à l’évaluation permet aussi de dialoguer beaucoup plus facilement avec eux, on les embarque pour quelques heures afin qu’ils voient ce qu’on fait, qu’ils voient que nos méthodes sont valides. C’est nécessaire pour une bonne compréhension mutuelle.