Pollution de l'air: Nos voisins européens nous étouffent-ils vraiment?

POLLUTION La ministre de l’Ecologie veut «analyser» les importations de pollution atmosphérique…

Audrey Chauvet

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La pollution à Lille, le 9 avril 2015
La pollution à Lille, le 9 avril 2015 — DENIS CHARLET AFP

Je pollue, tu pollues, il pollue… et tout le monde en pâtit. Ce dimanche, la ministre de l’Ecologie a montré du doigt nos voisins européens. Ségolène Royal estime que lors des récents pics de pollution, les villes de Lille et Strasbourg en particulier ont été victimes des pollutions d’Europe du nord et de l’est. Peut-on vraiment rejeter la faute sur les autres?

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Des échanges déjà bien connus

Les cartes de déplacement des masses d’air ayant causé les pics de pollution de mars le confirment: «Il n’y a pas d’ambigüité sur le caractère transfrontalier de ces phénomènes d’import et d’export de pollution», précise Prev’air, la plate-forme nationale de prévision de la qualité de l’air.

Données Prev'air

En Alsace ou dans le Nord-Pas-de-Calais, les pollutions transfrontalières sont analysées depuis longtemps. «En Alsace, nous avons des pollutions locales et des pollutions dues à un phénomène d’accumulation des particules en Tchéquie ou en Pologne. Nous suivons alors leur déplacement avec nos collègues allemands», explique Joseph Kleinpeter, directeur de l’Association pour la surveillance et l’étude de la pollution atmosphérique en Alsace (Aspa). Selon la météo, les nuages de pollution arrivent sur la France ou en partent pour aller polluer nos voisins. «La ville de Strasbourg contribue aussi à la pollution du fossé rhénan», précise Joseph Kleinpeter.

Données Esmeralda (EtudeS Multi RégionALes De l’Atmosphère)

Emissions ne veut pas dire pollution

Connaître l’origine géographique des pollutions ne permet toutefois pas d’en attribuer toute la responsabilité à un pays ou une ville. Car émissions de polluants ne veut pas dire pollution de l’air, explique Mark Tuddenham, du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa): «Les émissions correspondent aux quantités de polluants directement rejetées dans l'atmosphère par les activités humaines. La qualité de l'air résulte de l'interaction complexe entre la quantité de polluants émise et toute une série de phénomènes: transport et dispersion par le vent et la pluie, réactions chimiques des polluants entre eux, action des rayons du soleil, topographie,…»

Ainsi, lors des pics de pollution de mars 2014 en Ile-de-France, il a été établi que des particules secondaires de nitrate d’ammonium étaient nées de la rencontre entre des particules d’ammoniac issues des engrais agricoles et des particules de dioxyde d’azote émis par les pots d’échappement. Paris pollué par ses voitures, mais aussi par la campagne? «Les principales sources de pollution de l’air sont bien sûr les industries et les transports, mais il faut aussi prendre en compte le chauffage urbain en hiver et les activités agricoles au printemps: les épandages de pesticides et de produits chimiques sont en grande partie responsables de la pollution de l’air à la campagne et dans les agglomérations», note Bernard Garnier, le président d’ATMO France, la fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air.

A problème européen, réponse européenne

Difficile donc d’attribuer la faute à une activité, une ville, un pays. Pour lutter contre la pollution atmosphérique, il faut une «coordination des politiques européennes», estime Bernard Garnier. Les réglementations en matière de qualité de l’air sont déjà décidées au niveau européen, mais tous les pays ne les traduisent pas de la même manière. «La France a instauré des seuils de concentration pour les particules en suspension, cela n’existe pas en Allemagne, où l'on travaille plutôt sur la pollution de fond. A Fribourg, Karlsruhe et Stuttgart par exemple, les centres-villes sont interdits aux voitures polluantes», indique Joseph Kleinpeter. «Nous faisons partie des mauvais élèves européens en matière de qualité de l’air, déplore Sébastien Vray, président de l’association Respire. Pour ceux qui habitent près du périph’, peu importe que la pollution vienne de l’étranger ou pas: il faut réduire leur exposition à la pollution en limitant le trafic.»

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