L’ONU souhaite une meilleure gestion de l'eau pour que la planète ne meurt pas de soif d’ici 2030

ENVIRONNEMENT Dans son rapport annuel sur l'eau, publié ce vendredi, les Nations Unis alertent sur la nécessité à changer notre façon de gérer cette ressource…

Oihana Gabriel
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Illustration d'une  sécheresse de la Garonne sont deja tres largement entame à Toulouse en 2012.
Illustration d'une sécheresse de la Garonne sont deja tres largement entame à Toulouse en 2012. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

Sans elle, pas d’agriculture, pas d’industrie… et pas de vie. Dans un rapport présenté le 20 mars à New Dehli, les Nations Unies sonnent l’alarme: si nous continuons à dépenser sans compter cette ressource naturelle, la planète fera face à un déficit en eau de 40% d’ici 2030. Un document qui vise à peser sur l’adoption des nouveaux Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 à l’automne par l’ONU.

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D’ici 2050, la demande en eau va doubler

Avec un constat alarmant: il y a urgence sans quoi biodiversité, industrie, agriculture sont menacés. Et des conflits entre secteurs économiques et pays risqueraient d’éclater. Si les rapporteurs insistent sur la difficulté de trouver des chiffres fiables, ils dévoilent quelques données parlantes. Sur l’hygiène: 1,8 milliard de personnes consomment une eau contaminée par des matières fécales. Assainir l’eau est un pari à relever pour nombre de pays en voie de développement. Samedi et dimanche, certains Parisiens se retrouveront nez à nez avec des silhouettes faisant leurs besoins en pleine rue. Un happening organisé par 29 ONG françaises rassemblées au sein de la campagne «Parlons Toilettes» pour alerter sur l’urgence d’assainir l’eau. «Une meilleure hygiène réduirait fortement le fardeau des maladies liées à l’eau», souligne Richard Connor, auteur du rapport.

Sur les ressources aussi: aujourd’hui, 20% des eaux souterraines sont surexploitées. Et avec l’urbanisation croissance et l’explosion démographique d’ici 2050, la demande en eau va augmenter de 55%. «Nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre à gérer plus durablement cette ressource», martèle le rapport. Sans quoi «les populations vont devoir creuser plus profond, ou importer de l’eau ou dessaler les mers», tranche Richard Connor, auteur du rapport.  

Une question de gouvernance

Mais L’eau pour un monde durable transmet tout de même une bonne nouvelle: il y a suffisamment d’eau pour répondre aux besoins, à condition de changer radicalement notre façon de gérer cette ressource. «Les lois doivent garantir un équilibre dans la consommation d’eau entre les secteurs concurrents et protéger de la pollution», plaide Richard Connor, l’auteur. Et le rapport de s’arrêter sur des initiatives concluantes: en Inde, la mise en place de 18 millions de puits mécanisés ou tubés a permis de lutter contre la pauvreté. En Europe, certaines entreprises réfléchissent à une irrigation plus économe en eau.

Recyclage et énergies renouvelables

Plus concrètement, nous devrons forcément recycler l’eau, alors qu’aujourd’hui, 90% des eaux usées dans les villes des pays en voie de développement sont rejetées sans être traitées dans les fleuves, lacs ou océan. Mais les pays développés ne sont pas en reste: «les infrastructures sont vieilles, à Montréal les tuyaux datent de plus de 100 ans», explique Richard Connor.

L’un des problèmes de l’eau, c’est paradoxalement son prix: «les tarifs sont trop bas pour limiter l’utilisation excessive d’eau par les plus aisés et l’industrie», souligne le rapport. Car aujourd’hui les centrales les plus répandues (thermiques pour 80% et l’hydroélectricité pour 15%) sont aussi les plus gourmandes en eau. Le rapport prône donc des subventions pour développer les énergies renouvelables (solaire, éolien). Et pour encourager les Etats à voir à long terme, le rapport souligne le cercle vertueux d’une meilleure gestion de l’eau. Ces investissements s’annoncent coûteux, mais rentables: pour un dollar dépensé pour protéger un bassin hydraulique, c’est 200 dollars économisés sur le traitement de l’eau. Et l’auteur d’encourager: «Le défi est majeur, mais pas insurmontable».