Comment les animaux du littoral vont vivre la «marée du siècle»

INTERVIEW Avec un coefficient de marée exceptionnel samedi sur la côte atlantique, la faune va devoir s’adapter…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Une mouette à Saint-Malo en 2013.
Une mouette à Saint-Malo en 2013. — FRANK PERRY / AFP

Ce week-end, c’est la «marée du siècle». Le marnage, différence entre une pleine mer et une basse mer successives, sera le plus important pendant la journée de samedi. Il atteindra dans la baie du Mont Saint-Michel 14,15 mètres, soit la hauteur d'un immeuble de quatre étages. Quel impact aura ce phénomène sur les animaux du littoral et de l’estran, cette zone située entre les limites des plus hautes et plus basses marées? Réponse avec Patrick Le Mao, biologiste à la station Ifremer de Dinard.

Les animaux vont-ils être déboussolés à l’occasion de la «marée du siècle»?

Il ne faut pas s’inquiéter pour la faune, beaucoup de marées approchent ce coefficient et les organismes des zones de balancement des marées sont habitués. Ce qui est plus inquiétant pour eux c’est la rencontre avec les milliers de touristes. Le milieu sera plus agressé par les personnes venues voir la marée que par la marée elle-même.

Le marnage va découvrir plus de terre que d’habitude, comment les espèces qui y vivent vont-elles gérer ça?

Les espèces qui vivent dans la frange la plus basse de l’estran, et donc qui ne sont presque jamais découvertes, vont simplement partir pour rester dans l’eau, c’est le cas des poissons ou des crabes par exemple. Si ce sont des animaux fixes, comme les éponges ou les anémones, ils vont survivre dans des crevasses, sous des algues, protégés du soleil. Une grande marée en pleine chaleur, pendant l’été, provoquerait une mortalité plus grande chez ces espèces, par assèchement.

Qu’en est-il des oiseaux?

Pour les oiseaux c’est plutôt une belle occasion de trouver plus de proies, qui seront découvertes par la marée basse.

Les animaux de l’estran sentent-ils venir la «marée du siècle»?

Ils ne peuvent pas la prévoir, à mon sens, et vont simplement essayer de retrouver un coin d’eau, mais ils sont habitués au mouvement des marées. En revanche, les coquillages savent quand la marée remonte, on les voit sortir de leur enfouissement sous le sable avant l’arrivée de la mer.

En quoi l’arrivée des touristes va-t-elle atteindre la faune locale?

Ils peuvent pêcher sans tenir compte du milieu, par exemple en soulevant un rocher sans le remettre en place. Les animaux qui vivent sous ce caillou sont très sensibles à la lumière et à la sécheresse, et ne survivront pas. Beaucoup d’animaux, comme les petits crabes, peuvent aussi être abîmés par le passage du râteau dont se servent les pêcheurs à pied pour trouver les coquillages. Et là, leurs chances de survie sont limitées: samedi est un jour où je n’aimerais pas être un crabe.