Terres australes et antarctiques françaises: sombre tableau pour de nombreuses espèces

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Photo prise le 01 juillet 2007 d'un groupe de manchots sur l'île de la Possession dans l'archipel des Crozet (Terres Australes et Antarctiques Françaises)
Photo prise le 01 juillet 2007 d'un groupe de manchots sur l'île de la Possession dans l'archipel des Crozet (Terres Australes et Antarctiques Françaises) — Marcel Mochet AFP

L'albatros d'Amsterdam est dans une situation critique, l'orque en péril et le manchot empereur vulnérable: de nombreuses espèces sont menacées dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), sanctuaires de biodiversité au bout du monde, mais pas pour autant à l'abri des activités humaines.

Une «liste rouge», établie par le Muséum d'histoire naturelle et le Comité français de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en partenariat avec la collectivité des TAAF, brosse un sombre tableau.

«Sur 98 espèces évaluées, un tiers, soit 32, sont menacées» à des degrés divers, a indiqué à la presse Bernard Cressens, président du Comité français de l'UICN, en présentant cette liste, la première du genre.

Selon la «liste rouge», qui concerne les oiseaux, les mammifères et les reptiles, 10 espèces sur 27 sont menacées sur les îles Eparses, situées autour de Madagascar, 16 sur 58 sur les Terres australes (Crozet, Kerguelen, St Paul, Amsterdam), et 6 sur 13 en Terre Adélie.

Parmi les espèces dans une situation critique, outre l'albatros d'Amsterdam, on trouve notamment la tortue imbriquée, le fou du Cap, le pétrel géant.

D'autres espèces sont «en danger», comme l'orque, le dauphin de Commerson, la tortue verte, et de nombreux oiseaux (phaétons, puffins, sternes, albatros, pétrels).

La «liste rouge» montre que les albatros, manchots, tortues marines et autres animaux subissent l'impact des activités humaines, mais sont aussi menacés par le changement climatique.

«Tout le monde se dit» à propos des TAAF: «+c'est des endroits isolés où il n'y a que des scientifiques+», relève M. Cressens. Pourtant, les espèces animales sont «menacées par une partie de nos activités».

Première menace, «les espèces qu'on a introduites», comme les rats qui, en l'absence de prédateurs naturels, ont parfois «proliféré allègrement», indique M. Cressens.

Des oiseaux marins comme le pétrel gris dans les Terres australes, considéré comme «en danger», sont ainsi victimes des rats qui se nourrissent des oeufs et des oisillons. L'homme «a une grosse responsabilité» concernant les espèces introduites (rats, mais aussi chats, lapins, chèvres).

- Température de l'océan en hausse -

Un autre «grande menace» est la pêche à la palangre, de nombreux oiseaux étant piégés par ce système de corde munie de hameçons. Cette pêche menace notamment l'albatros d'Amsterdam, qui ne niche que sur l'île d'Amsterdam et dont «on dénombre moins d'une cinquantaine de couples reproducteurs», selon les auteurs de la «liste rouge». Des dauphins, comme le globicéphale tropical, peuvent aussi être piégés.

Par ailleurs, «de nouvelles maladies», comme le rouget du porc et le choléra aviaire, ont provoqué des mortalités importantes chez les jeunes de plusieurs espèces d'oiseaux marins.

Enfin, «le changement climatique est à l'oeuvre», souligne M. Cressens, transformant les habitats naturels et les zones d'alimentation.

A Kerguelen, par exemple, l'augmentation de la température de l'océan a modifié les zones d'alimentation de l'albatros à sourcils noirs, une espèce «qui pourrait disparaître de l'île à l'avenir», indiquent les auteurs de la «liste rouge».

En terre Adélie, la réduction de la surface de la banquise provoque une diminution des ressources alimentaires du manchot empereur qui «devrait connaître un déclin atteignant plus de 80% à l'horizon 2100», selon la même source.

Des actions de protection ont été engagées, comme la création d'une réserve naturelle sur plus de 2,2 millions d'hectares --la plus grande de France--, dans les Terres australes.

«Au bout de quatre années, certains résultats apparaissent déjà», pointe Cécile Pozzo Di Borgo, préfet, administrateur supérieur des TAAF.

«Dans les années 80, la population d'albatros d'Amsterdam avait été réduite à cinq individus, c'était vraiment dramatique. Aujourd'hui, nous sommes passés à plus de 30 (...) et nous sommes de nouveau sur une courbe ascendante», même si «ça reste fragile», fait-elle valoir.