VIDEO. Solar Impulse 2: «C’est un avion expérimental, tout ce qu’on fait n’a jamais été fait avant»

INTERVIEW Le directeur du centre de contrôle chapeautant le tour du monde de cet avion solaire revient sur le grand départ, agité mais réussi, qui a eu lieu tôt ce lundi...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Raymond Clerc au côté du prince Albert dans le centre de contrôle Solar Impulse à Monaco, le 9 mars 2015.
Raymond Clerc au côté du prince Albert dans le centre de contrôle Solar Impulse à Monaco, le 9 mars 2015. — N. BEGASSE / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Monaco,

Décollage réussi. Après un retard de trois petits quarts d'heure causé par un imprévu technique, le Solar Impulse 2, un avion grand comme un Boeing 747 ne fonctionnant qu'à l'énergie solaire, a décollé cette nuit d'Abu Dhabi. Son objectif: réaliser un tour du monde d'est en ouest, en traversant trois continents et deux océans. Un exploit et une première, sur laquelle revient Raymond Clerc, directeur du centre de contrôle monégasque de l'aventure.

Nous sommes une heure après le décollage de Solar Impulse 2. Comment ça va jusqu'ici?

Cette première heure s’est très bien passée. L’avion a mis le cap vers Mascate (dans le sultanat d’Oman, première des 12 étapes). Petite anecdote: tout à l’heure, le pilote nous a demandé où était sa cuillère pour prendre son premier repas à bord, parce que ce matin ils ont déplacé certaines choses dans le cockpit, rajouté différentes choses sur le plan repas, et il ne trouvait plus la cuillère. J’ai dû appeler le responsable du cockpit et maintenant il l’a trouvée.

Le départ a été retardé de trois quarts d'heure en raison d'un souci technique. Que s'est-il passé?

On a sorti l’avion de la tente à Abu Dhabi, et quand on a enclenché les systèmes, tout était bon. Mais cinq minutes après, une des composantes électriques a donné un signal lumineux indiquant qu’il était en panne. On a tout rebooté, tout est redevenu OK, et ce signal de panne n’est jamais revenu. D’habitude, avec un incident comme ça on partirait, mais là il s’agit d’un avion expérimental et cet incident ne s’était jamais produit. Un technicien a été envoyé à bord pour vérifier que les câblages étaient corrects à cet endroit de l’appareil. On a ensuite décidé, après une grosse discussion et ces vérifications, qu’on était en bonne santé technique pour pouvoir faire le vol.

L'ambiance avait l'air studieuse pendant l'incident, pour ne pas dire tendue...

C’était quand même une assez grosse pression, car si on décidait d’annuler le vol, il fallait remettre l’avion dans sa tente et retarder à nouveau le top départ (le décollage avait déjà été retardé de plusieurs jours à cause de la météo sur place). Car la fenêtre météorologique se ferme demain, et après pendant trois jours on ne pouvait plus décoller. Ça implique tout de suite de gros retards. On avait vraiment envie de démarrer, mais on ne voulait bien sûr prendre aucun risque.

Une petite panne comme ça, c'était attendu pour le Solar Impulse?

C’est un avion expérimental, tout ce qu’on fait n’a jamais été fait avant. On a vraiment dû tout créer, les constructeurs d’avions ne savent pas faire ce qu’on fait là –les parties carbone de l’avion ont été construites par un constructeur de bateaux! On a très peu d’expérience de vol, moins de 50 heures au total, rien à voir avec un avion expérimenté pendant des centaines, voire des milliers d’heures. Le problème qu’on a eu ce matin, on va en avoir encore. Pas à chaque départ, j’espère, mais je suis certain qu’on va en avoir plusieurs.