Solar Impulse 2: Dans les coulisses du décollage historique de l'avion solaire

ÉVÉNEMENT L'avion solaire a entamé son tour du monde unique en son genre…

Nicolas Bégasse

— 

Au centre de contrôle Solar Impulse de Monaco, le 9 mars 2015. Lancer le diaporama
Au centre de contrôle Solar Impulse de Monaco, le 9 mars 2015. — N. BEGASSE/20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Monaco,

Un tour du monde unique en son genre a débuté pendant que vous dormiez, ce lundi, à 4h12 du matin. Celui du Solar Impulse 2, ce grand avion ne fonctionnant qu'à l'énergie solaire, qui est parti d’Abu Dhabi pour rejoindre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe et enfin retourner à son point de départ, le tout sans utiliser une goutte de carburant. Deux pilotes se relaieront lors de la douzaine d’étapes de ce tour du monde, mais c’est depuis un centre de contrôle installé à Monaco que la mission sera supervisée. 20 Minutes y était, et vous raconte les coulisses du grand départ.

20h. Une partie de la presse découvre le centre de contrôle. Plusieurs rangées d’ordinateurs se dressent dans cet espace flambant neuf situé sur le front de mer de Monte-Carlo, mais à cette heure-ci, peu d’ingénieurs les occupent. Le gros des troupes se repose dans le luxueux hôtel jouxtant le QG de Solar Impulse. Il faut dire que la nuit sera longue…

3h07. Après quelques heures de repos, tout le monde est sur le pont. L’ambiance est à la concentration: l’avion est censé décoller dans moins d’une demi-heure.

3h08. Le prince Albert fait son entrée dans le centre de contrôle. Avec plusieurs autres sponsors comme Google ou les champagnes Moët Hennessy, la Principauté est un fervent soutien du projet. Albert II serre des mains, puis s’installe entre les deux ingénieurs en chef de la mission.

3h25. L’événement est diffusé en direct sur Internet. «Nous sommes prêts pour le décollage», lance le présentateur du live show.

3h32. Pas si prêts que ça. En réalité, il y a un problème. Alors que tous les systèmes ont été enclenchés, un composant électronique de l’avion donne un avertissement de panne. Pas question de partir tant que le souci n’est pas identifié.

3h40. Peut-on décoller? «Si on ne trouve pas le bug, ils sont contre», informe Raymond Clerc, directeur de mission. «Ils», ce sont les ingénieurs suisses concepteurs de l’appareil, en contact par téléphone avec le QG de Monaco.

4h. En coulisses, on essaie de comprendre d’où vient le problème. A Abu Dhabi, un ingénieur grimpe à bord pour tout vérifier. Mais autour du centre de contrôle, les minutes s’égrainent dans un long moment de flottement. Après avoir décalé le décollage de plusieurs jours à cause des conditions météo, tout le monde craint de voir la mission subir un nouveau retard à cause de ce souci technique.

4h06. Coup de fil au centre de contrôle. Vu la tête de celui qui répond, ça a l’air important. Les ingénieurs en chef quittent la salle, Albert II se retrouve un peu seul. Du coup, il s’occupe, profitant du micro situé devant lui qui est en ligne directe avec André Borschberg, le pilote installé dans l’avion. «André, c’est Albert. Il fait chaud dans le cockpit?» Réponse: ça va. On se met à parler du temps.

4h10. Ah, le directeur de mission revient. Il glisse un mot au prince: le problème a été identifié, l’avion ne court aucun risque. Albert II s’empare à nouveau du micro pour annoncer la bonne nouvelle au pilote. «Je vous donne le go pour le départ de Solar Impulse. Bon vol!»

4h11. On entend les moteurs s’allumer.

4h12. L’oiseau a quitté le nid, je répète, l’oiseau a quitté le nid. Applaudissements, sourires: avec un petit stress de dernière minute et trois quarts d’heure de retard, le tour du monde de l’avion solaire a bel et bien commencé.