Solar Impulse: Les vols commerciaux à l’énergie solaire, c’est pour bientôt?

AVIATION L’appareil va effectuer le premier tour du monde à l'énergie solaire…

Romain Baheux

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Solar Impulse vole au-dessus d'Abu Dhabi le 26 février 2015.
Solar Impulse vole au-dessus d'Abu Dhabi le 26 février 2015. — Olga Stefatou/SOLAR IMPUL/SIPA

Même si vous aviez les moyens de louer Solar Impulse 2 pour vous rendre en Espagne cet été, on ne vous le conseillerait pas. D’abord car le mojito du bar de la plage aurait largement le temps de prendre un coup de chaud avec une vitesse de croisière autour de 100 km/h. Ensuite car l’avion solaire, dont le tour du monde par étapes doit débuter dans la nuit de vendredi à samedi si la météo le permet, offre des conditions de transport bien trop sommaires. Cockpit non-pressurisé, un seul passager à bord, un vol commercial alimenté par les rayons de notre astre relève encore de l’impossible. Mais pour combien de temps encore?

«Compte tenu des évolutions technologiques que nous anticipons, il nous semble que voler, par exemple sur un Paris-Dublin, uniquement à l’énergie solaire n’est ni pour demain ni pour après-demain», explique Jean-Louis Dropsy, expert en aéronautique au cabinet Kurt Salmon. Premier problème, la simple utilisation d'un avion électrique. Dans le domaine, Airbus a développé son E-Fan, un appareil de deux places, mais son autonomie ne dépasse pour l’instant pas l’heure de vol. Le prochain modèle quatre places devrait lui être capable de rester dans les cieux pendant trois heures.

Un Paris-New York six fois plus lourd

Pour Solar Impulse comme pour les autres avions du genre, le problème vient du poids des batteries. «A performance égale, il faut 30 kilos de batterie pour un kilo de kérosène, explique Arnaud Stern, également spécialiste aéronautique chez Kurt Salmon. Sur un Paris-New York, cela multiplierait par six le poids de l’appareil.» «Il a fallu environ 10 ans pour améliorer la densité énergétique des batteries par deux. Avec cette tendance, et à poids constant, on obtiendrait un avion de ligne entièrement électrique d’ici 40 à 50 ans», poursuit Jean-Louis Dropsy.

Deuxième souci, la puissance de l’appareil. Alimentés par 17.248 capteurs solaires, les moteurs de Solar Impulse développent une puissance maximale de 70 chevaux. «Un Airbus A320 nécessite mille fois plus, compare Arnaud Stern. Cet exemple donne une bonne idée de l’écart qui existe encore entre les deux.» Pour voir le soleil cet été, ne misez donc pas encore trop sur lui pour le voyage.